Arrêter la roue qui tourne

Tout ne va jamais assez vite. Les voitures ne roulent jamais assez vite pour les conducteurs, la caissière ne travaille jamais assez vite pour les clients et les cuisiniers ne cuisinent jamais assez vite pour les gourmands. Il faut toujours aller plus vite pour travailler plus rapidement pour faire plus d’argent.

Vous rappelez-vous la dernière journée où vous étiez vraiment en forme? Ce beau matin, ensoleillé ou non, où dès que vos orteils ont touché le sol vous vous êtes dit : « Aujourd’hui sera une bonne journée! » J’imagine que non. Pourquoi? Parce que le sommeil, ce n’est pas une priorité. Pourquoi? Parce que lorsqu’on dort, on ne peut pas aller plus vite pour travailler plus rapidement pour faire plus d’argent.

Vous rappelez-vous la dernière journée où vous êtes entré dans votre voiture, dans le métro ou dans l’autobus et que vous vous êtes assis sans rien sortir de votre sac? Aucun livre, aucun casque d’écoute, aucun journal. Cette journée où vous vous êtes seulement rendu du point A au point B sans aucune distraction, en ne faisant rien, tout simplement. Non? Parce que lorsqu’on ne fait rien, on ne peut pas aller plus vite pour travailler plus rapidement pour faire plus d’argent.

La roue tourne.

Ce texte n’est pas un plaidoyer contre le « maudit capitalisme » ni contre notre société. Ce texte veut défendre la lenteur. La lenteur dans toute sa splendeur. L’art presque perdu de ne rien faire, comme le dirait si bien Dany Laferrière. La plupart du temps, la vie va à une vitesse folle. Les jours passent si vite qu’il est difficile de prendre le temps de s’arrêter et de profiter tout simplement des moments que nous vivons. Il est devenu normal, presque convenu, de considérer que les gens qui travaillent continuellement sont les gens les plus triomphants. À une ère où le travail est rapidement accessible (littéralement au bout de nos dix doigts), il est de plus en plus facile de travailler sans arrêt. Au détriment de ceux qu’on aime et de nous même. Pour acquérir une plus grande richesse financière, plusieurs sont malheureusement prêts à se rendre jusqu’au bout de leur santé et de leur bien-être.

Le hygge, le minimalisme, le slowtoute, le slowliving : plusieurs beaux mouvements à adopter pour vivre non pas une vie remplie de vide, mais plutôt un vide rempli de vie. Et si on acceptait de moins surcharger nos agendas, de moins travailler afin de profiter davantage? Prendre une pause, aussi longue soit-elle, nous ferait certainement le plus grand bien. Se concentrer sur le positif et sur ce qui compte vraiment, c’est surtout ça, vivre lentement.

En 2017, je nous souhaite de vivre de bons moments entourés de ceux qu’on aime et d’apprécier chaque journée. De garder le sourire, même si ça ne va pas assez vite pour nous. De prendre le temps et de savourer. De laisser l’argent de côté et de prioriser l’amour. Toutes les formes d’amour.

Soyons lents, soyons heureux.

Sans rancune, gens pressés. Vous n’avez sûrement même pas pris le temps de lire ces quelques mots.

Chloé

Confidence d’une artiste burlesque

Je suis artiste burlesque. Je fais ce qu’on appelle de l’effeuillage théâtral.

«Mon dieu, mais tu fais du strip-tease! Tu es donc une danseuse nue? Tu objetises la femme! »

Wop pop pop pop, fille! Tu as déjà vu un spectacle burlesque?
Laisse-moi t’expliquer la beauté de cet art FÉMINISTE fait par les femmes POUR les femmes. Car oui, notre public est presque exclusivement féminin. Environ 50 %, le reste étant majoritairement des couples.

Les spectacles de burlesque sont une célébration de la femme sous toutes ses coutures. On peut y voir toute sorte de disciplines : cirque, chant, danse, théâtre… L’effeuillage est un prétexte parfait pour exprimer notre sensualité avec la couleur que nous choisissons. Certaines femmes aiment présenter des numéros de « croqueuse d’hommes » d’autres, plus comiques comme moi, vont préférer danser le charleston en bobettes. Mais le plus important, c’est que tous les corps sont admis, et que toutes les femmes qui présentent un numéro le font en prenant le contrôle de leur sensualité.

«Ouin, mais c’est facile, toi t’as un corps athlétique, t’as pas à te plaindre.»

Toutes les femmes ont des complexes corporels. Moi y compris. Ma perception a changé le jour où j’ai commencé à me changer dans les loges avec des filles de toutes les shapes. Rondes, minces, gros seins, petits seins. Aucun photoshop. Elles sont toutes bien dans leur peau. Elles parlent de leur lingerie et sont fières de ce qu’elles vont présenter. Que tu sois bootylicious ou poids plume du bonnet, la séduction, c’est une attitude et pas un corps. À chaque soir où je performe, il y a une fille dans la salle qui se reconnaît et qui vit un exutoire. Qui se dit que finalement, elle est belle elle aussi. On se fait souvent approcher par des filles à la fin de la soirée pour se faire remercier. « Je serais pas game de faire ça, mais je trouve ça vraiment hot! » et très TRÈS souvent celles qui nous félicitent ont étrangement notre gabarit…un hasard? Je ne crois pas.

Trop de femmes vivent dans la peur d’exprimer leur sensualité. Comme si ce n’était pas bien de plaire ou d’avoir une sexualité. Tu dois être une fille pure en public et une cochonne dans le privé, mais tsé, avec ton chum. Pourtant nous sommes submergés par des « standards de beauté » et des références pornographiques (très souvent dégradantes pour la femme) que nous présente les vidéoclips de musique, les magazines, le cinéma. Alors pourquoi est-ce si choquant de voir des femmes authentiques, avec leur vrais corps, en possession de leur féminité?

Est-ce qu’on peut arrêter de se stresser à savoir si ce qu’on va porter est correct, si ce qu’on va dire est too much?
Soyez donc vous-mêmes! Rien n’est plus sexy que la confiance en soi.

Sans rancune, mais je vais continuer de faire du burlesque tant et aussi longtemps que je vais pouvoir exprimer aux filles qu’elles sont toutes belles, qu’elles ont le droit de plaire et qu’elles devraient apprendre à s’aimer!

Sabrina Cloutier, alias Betty Cayenne

 

Je suis burlesque

Oui, oui, je vous le jure. Bon, avant de continuer, je vais quand même vous expliquer pourquoi je suis burlesque. Je ne parle pas ici de l’art burlesque. De celui qu’on connaît tous. Je parle plutôt de l’adjectif burlesque. Celui qui décrit, selon le dictionnaire Larousse, une personne «d’un comique extravagant ; saugrenu, grotesque».

Dans la vie quotidienne, je suis comme ça. Trop extravagante, souvent saugrenue et beaucoup trop grotesque. Je ris trop fort et puis j’aime les jokes et toutes autres grossièretés. J’ai un humour qui n’est pas grand public. Je veux dire, Mario Jean ne m’a pas fait rire depuis 1990. MAXIMUM.

Si j’aime rire, j’aime encore plus faire rire. Depuis que je suis toute petite, j’ai toujours recherché le spotlight. À la petite école, je me faisais souvent chicaner parce que je parlais trop. Pourquoi je parlais trop? Pour raconter mes ô combien délicieuses petites blagounettes pour faire rire mes collègues de classe. Je n’ai d’ailleurs jamais vraiment compris pourquoi je me faisais chicaner. Je veux dire, je voulais juste faire rire les autres. Je n’étais pas secrètement en train de planifier un attentat. Je racontais des blagues de petite fille pour faire rire des petits gars et d’autres petites filles.

C’est sûrement ce qui fait qu’aujourd’hui, je me censure parfois par peur de déranger. Lorsque je rencontre de nouvelles personnes, je préfère faire profil bas lors des premières rencontres. J’ai peur de les choquer et de les faire fuir. J’ai peur de déranger et d’encore me ramasser dans le bureau du directeur. Je me suis tellement fait dire de marcher droit que j’en oublie parfois pourquoi j’ai un jour choisi de m’amuser.

On est à une époque où tout va tellement vite. Les jours passent, les semaines passent, les mois passent et on ne s’en rend même plus compte. Plusieurs essaient de survivre, plutôt que de vivre. La folie a été enlevée de nos journées afin de ne garder que l’essentiel. Mais c’est quoi, l’essentiel?

On se lève fatigué, on avale un café, on rentre travailler, on revient à la maison fatigué, on mange, on écoute la télé et on se met à bitcher. «Regarde là, avec son t-shirt dans un gala. Pas de classe». «Regarde là, avec sa robe chic à l’émission du dimanche soir. Prétentieuse.» Et puis, 2-3 commentaires méchants publiés sur diverses plateformes sociales plus tard, on va se coucher.

Plus de temps pour les folies, plus de place pour s’amuser.

On va se le dire, le temps va continuer de passer. J’ai même entendu dire que plus on vieillit, plus le temps file à une vitesse impressionnante. Aussi bien arrêter de se soucier de la réaction des autres et de faire toutes les folies dont on a envie.

En ce qui me concerne, c’est ce que j’essaye de faire. Ce n’est pas toujours facile. C’est même très difficile. Entre toutes les responsabilités, le travail et les différentes tâches, le burlesque c’est souvent ce qui fout le camp en premier. Mais bon, la vie est courte, aussi bien en profiter. Qu’est-ce que vous en pensez?

Sans rancune, si tu n’aimes pas mes blagues de crotte, vô chier.

Chloé

Y’a pas de honte

On parle souvent de l’hypocrisie sous l’angle des relations interpersonnelles, des fausses intentions, de la manipulation, des sentiments cachés. J’ai l’impression qu’on en parle plus rarement pour ce qui a trait aux goûts, aux préférences et aux opinions. Mon envie d’écrire ce texte découle de cette expression, à l’allure anodine, qui m’horripile au plus haut point : plaisir coupable. Bel exemple de formule stupide qui existe uniquement pour excuser des goûts que l’on assume moins ou pas du tout. Pourtant, il n’y a pas de mal à aimer, ce que la majorité considère, comme mauvais ou quétaine. On se fout de ce que pense les médias dits sérieux ou tous les snobinards de ce monde.

Permettez-moi de généraliser pour prouver mon point, tout en étant conscient de la tonne d’exceptions possibles. Permettez-moi également de m’égarer dans toutes sortes de directions, parce qu’aujourd’hui, ce sujet me semble vaste et indomptable. Je passerai du coq à l’âne et je me rendrai peut-être jusqu’au poney. Merci de votre compréhension.

Personne n’écoute de musique country, paraît-il, mais des millions de personnes en achètent.

Personne n’a lu ET apprécié 50 shades of Grey, mais ce fut un succès monstre (on n’y échappe pas, une partie plus prétentieuse de moi a quand même envie d’insister sur le mot monstre).

Personne de moins de 60 ans se vante d’être croyant, mais tellement de gens prient en cachette.

Personne ne regarde de pornographie, mais le net déborde de sites dédiés à tous les fantasmes sexuels envisageables et inimaginables. Je ne suis pas le premier à l’écrire, le sexe est partout, mais le sujet est encore tabou. On ne peut pas jaser de masturbation, comme on parle (trop souvent d’ailleurs) de la crisse de météo. Ben oui, l’hiver, parfois, il neige! Pourtant, la masturbation (comme la neige), c’est naturel, commun, pas du tout honteux. Les fantasmes non plus… Tu mouilles/bandes sur les coudes dénudées de femmes d’âge mûre ou les plis de fesses de lutteurs sumo? N’aies pas peur de le reconnaître, de l’affirmer haut et fort. À moins d’une déviance compulsive ou d’une obsession qui contrôle ta vie, les désirs profonds ne s’expliquent pas et méritent d’être assumés.

Ça ne prend pas beaucoup d’alcool, pour qu’une fille en embrasse une autre, sans en faire tout un plat ou qu’elle admette avoir déjà eu une expérience lesbienne. Les gars hétéros, eux, ne s’embrassent pas avec autant de légèreté. Ils avouent très rarement avoir couché avec quelqu’un du même sexe, même si on parle d’une simple branlette en X, à l’adolescence, par saine curiosité. Et au-delà de l’acte sexuel, les hommes, hétéros ou non, craignent de se prendre dans leur bras et de se dire qu’ils s’aiment. D’ailleurs, je ne remercierai jamais assez mon père, de m’avoir prouver son amour, à chaque jour, par des mots et des gestes. Je t’aime papa!

Où je veux en venir? Je ne sais pas trop, je m’éparpille… Mais je sais qu’il y a beaucoup d’hypocrisie dans la manière qu’ont les hommes de se témoigner leur affection et dans cette idée de virilité que nous sommes supposés représenter.

Comme il y a de l’hypocrisie, dans cette séduction constante, que l’on essaie d’imposer aux femmes.

Comme il y a de l’hypocrisie, dans cette façon insidieuse, de faire de certains types de corps, les seuls corps véritablement désirables aux yeux de la société, au dépit de tous ceux qui ne ressemblent pas à des mannequins ou des athlètes.

Dimanche le 02 octobre dernier, à Tout le monde en parle, Guy A. Lepage interviewait Stéphane Allix, pour son livre : Le test. Le journaliste a fait une longue enquête, étalée sur plusieurs années. Il a rencontré plusieurs médiums dans le but d’entrer en contact avec son père décédé, de documenter des preuves de la communication avec l’au-delà (ou des preuves du contraire). Dans le public de l’émission, au sein des invités de la semaine, on sentait une espèce d’hilarité plutôt généralisée. Les personnes autour de la table essayaient constamment de le piéger. On trouvait sa démarche ridicule. On ne le prenait automatiquement pas au sérieux (vu l’ésotérisme du sujet). J’exagère un peu, mais l’ambiance était tout de même à la moquerie. Je ne dis pas que j’y crois. Je ne dis pas que je suis sceptique, non plus. Il y a des charlatans partout. Mais que la voyance soit un fait ou une pure fumisterie, plusieurs personnes réussissent à gagner leur vie à l’aide de leur supposé don. Il y a sûrement de quoi faire une recherche et écrire un livre. Une amie a consulté une voyante qui a une liste d’attente de plusieurs mois. On vient de tous les coins du Québec pour la rencontrer. Quand leur vie va mal ou qu’ils sont rongés par le doute, des gens prétendument sceptiques prennent tout à coup l’occulte au sérieux et n’hésitent pas à aller se faire tirer aux cartes par le médium le plus proche (ou chaudement recommandé par un proche). Mais, à la télé, devant des milliers de spectateurs, quand le journaliste parle de ses séances de spiritisme, de son expérience ésotérique hors du commun, il est préférable de le marginaliser sans perdre de temps.

J’ai assisté à l’incroyable pièce de théâtre de Robert Lepage : 887. Encore un morceau de génie, un mélange brillant de grandiose et d’intime. Je fus hypnotisé du début à la fin… ou presque. Dans la dernière demi-heure, j’entendais des spectateurs soupirer, se tortiller sur leur siège. Bien entendu, tout le monde s’est levé à la fin. Tout le monde, sans exception, a fait une ovation debout, parce que c’est une pièce de Lepage et qu’il est connu partout dans le monde. Attention, j’insiste, cette pièce est un sublime instant de bravoure, mais je sais pertinemment que des gens se sont emmerdés, je l’ai senti. Je les ai entendu, ils m’ont même dérangé.

Si tu écoutes une toune à répétition, que tu la gueules en voiture, que tu la chantes au karaoké, ce n’est pas un plaisir coupable, c’est une chanson que tu aimes, point. Peu importe que les paroles soient connes ou la musique simpliste.

Si tu regardes un film niaiseux plusieurs fois par année, que tu regardes ce fameux film de merde plus souvent que tous les autres films de la terre… Ne dis pas que c’est Apocalypse now ton préféré. De toute façon, aimer (insérer votre film honteux ici) n’empêche pas d’apprécier Apocalypse now.
Un mauvais film que j’aime sans gêne et que j’écoute avec un vrai plaisir dénué de culpabilité : Swept away.

J’ai regardé quelques épisodes de l’émission Coup de foudre à V. Ce qui m’a frappé, c’est que tout le monde affirme, à la télé ou sur les sites de rencontre, pratiquer régulièrement des sports. Quitte à affirmer des inepties du genre : « Des fois, quand il fait beau, que je ne suis pas trop fatigué et que la lune est en capricorne, je vais prendre des marches. Je suis très sportif ». Il faut valoriser l’exercice physique. La santé, c’est important. Mais venez pas me dire que je suis le seul gros tas à préféré lire, écrire ou m’évacher devant Netflix?

Quand un artiste connu meurt (en 2016, David Bowie et Leonard Cohen, pour ne nommer que ces deux musiciens/poètes que j’aimais tant), il pleut des statuts hommages sur Facebook, sur Twitter. Mais est-ce que toutes ces personnes scandalisées par leur mort étaient de vrais fans ? Je ne crois pas. Est-ce que tous ces gens connaissaient, de la discographie de Bowie, autre chose que Space Oddity… et de celle de Cohen, davantage qu’Hallelujah et ses millions de reprises ? Je ne suis pas certain. Le décès d’un artiste n’appartient à personne (excepté ses proches, sa famille, son entourage) et peut-être qu’une seule chanson peut suffire à être ému par un chanteur, mais je ne pense pas que tous ceux qui pleuraient, réseau socialement parlant, le drame de leur disparition, le faisaient avec franchise. Parfois, on sent l’envie opportuniste de s’inclure dans le sujet de l’heure/d’attirer l’attention.

Je dis ça comme ça, mais si tu portes un gilet avec la face de Gerry Boulet dans un gala, le tout agencé à une simple paire de jeans, ce n’est pas nécessairement pour te foutre de la cérémonie ou provoquer des réactions, mais peut-être parce que t’as compris que c’est surtout important d’être toi-même et bien dans ta peau.

Sans rancune, le but de tout ceci n’est pas de faire la morale à personne. Je n’arrive pas non plus à tout assumer, en toutes circonstances. Mais j’essaie et je réussis souvent. Les goûts, les préférences, les opinions font partie intégrante de ce qui nous définit en tant qu’être humain et je n’ai pas envie d’être un mouton de plus dans la bergerie.

Je plaide coupable de tous mes plaisirs!

Frédérick Pageau

Le vrai monde?

Qui n’est pas hypocrite?

Je le suis à longueur de journée.

Difficile d’enlacer la sincérité quand tout ce qui m’entoure, comme une photo de bouffe, est rempli d’artifices. Du matin au soir!

Je me réveille, je me dis: «S’tune bonne journée!»
Du moins, c’est ce que je me fais croire pour me donner le courage de me lever. Une fois l’illusion bien ancrée dans mon esprit, je commence toujours par boire un bon café. Ça me permet de créer un équilibre avec mon moral qui se désole des nouvelles. Pas de ma faute, lorsqu’il y a un article sur notre gouvernement, j’essaie vraiment fort de rester positif. J’essaie vraiment de croire à leur «bonne foi», mais il reste toujours un tout petit doute qui ruine mon positivisme à coup de pelle sur la gueule. C’est le même doute qui me permet d’expliquer le succès de House of Cards où la game politique est plus grande que ta télé 60 pouces. Si tu crois vraiment à une différence entre «rigueur budgétaire» et «austérité», tu es naïf. Tu as une naïveté qui me rend jaloux. Une naïveté qui me permettrait de chevaucher la vie avec mes œillères sans aucun problème.

Ce n’est pas le fun comme sensation, mais je n’ai pas le choix… Oui, il y en a des choix, sauf que je préfère perdre foi en la démocratie à petit feu que de lire des articles sur un statut Facebook d’un artiste. Lire une publication d’une publication. Merci de me garder informé sur les dossiers chauds! Comment j’aurais pu vivre en ignorant un moment de la vie de Mario Pelchat?

J’ai aussi le choix de lire des chroniqueurs, des déverseurs d’opinions. Bonne idée!
Faut juste bien les choisir pour ne pas volontairement arriérer ma pensée. Ou pire, réaliser qu’il n’y a aucune démarche sincère, aucune cohérence. Pour dire: «Pourquoi Mike Ward a-t-il choisi comme tête de Turc un faible (un enfant handicapé) plutôt qu’un puissant (politicien, homme d’affaires, comédien)?¹». Et dire récemment : «C’est quand même bizarre que je me fasse reprocher de critiquer les vêtements de Safia Nolin (sans jamais avoir fait allusion à son physique) alors que dimanche soir, le public du gala a carrément ri du physique d’un autre invité. On a entendu un tonnerre de rire quand Louis-José Houde a fait une blague sur les obèses de 392 livres, pendant un gros plan… de Denis Coderre. Pourtant, depuis trois jours, on n’entend personne se porter à la défense de Coderre, victime de «fat-shaming» (humiliation reliée au surpoids). Bof, c’est juste un politicien…²»

Donc, on peut ou on ne peut pas rire d’un politicien? Je ne suis pas sûr? Bref, cet exercice m’a seulement rendu plus confus.

S’tune bonne journée!

En marchant, je croise un nombre incalculable de publicités, de phrases vides de sens pour essayer de me vendre du rêve. Une fois achetée, tu réalises que c’est une nouvelle dépendance inutile. Pour m’évader du bombardement mercantile, je consulte mes réseaux sociaux. Ce n’est pas nécessairement mieux. Des vidéos virales. Des extraits de téléréalités qui mettent de l’avant des individus avec une stupidité inconsciente. Les producteurs de téléréalité comme Célibataire et nu savent que leurs participants n’ont surement pas vu Un diner de con.
Si tu connais le film (laissez-moi un doute sur la pièce de théâtre) et tu t’inscris en sachant très bien ta place autour de la table… mais tu penses pouvoir «Donner un osti de bon show!» Nous avons le Jackpot, mesdames et messieurs!

Le but n’est pas de divertir, c’est de créer un engouement qui créera des clics pour convaincre des vendeurs de rêves. En voyant l’hypocrisie partout, l’espoir d’enlever mon pessimisme se manifestera lorsque les photos de bouffe arrêteront de me prendre pour un con.

Sans rancune Michel Tremblay, ce n’est pas tout le monde qui aura compris ma référence. Ça vaut

Mike

1 http://www.journaldemontreal.com/2015/09/25/mike-vs-jeremy–10-questions

2 http://www.journaldemontreal.com/2016/11/02/un-gala-nest-pas-un-marche-aux-puces

Les deux faces de Facebook

Le World Wide Web présente à la fois le meilleur et le pire. Le plus beau et le plus laid. Le plus grand et le plus petit. Chaque jour, on est confronté à une vague de «J’aime». Une marée de belles photos beurrées de filtres. Un tsunami de commentaires et d’opinions.

Qui n’a jamais, en fouinant sur Facebook, cliqué sur le bouton «Afficher plus de commentaires»? Je l’avoue, je le fais parfois. Et à chacune de ces fois-là, je me promets de ne plus jamais le refaire. Lire ces commentaires, c’est comme me vider petit à petit de la foi qu’il me reste. La foi en l’humanité. La foi en l’humain.

Qui sont ces gens, malinformés, cruels et surtout infiniment triste qui étendent leur méchanceté à la vue de tous les autres internautes? Pense-t-il vraiment qu’ils sont seuls et que personne ne lit leurs commentaires?

Chaque minute passée sur Facebook, Twitter et Instagram me rappelle à quel point certaines personnes peuvent être méchantes.

Chaque minute passée sur les médias sociaux me rappelle également que la pression que je m‘inflige est souvent beaucoup trop grande. Pourquoi perd-on notre temps à se comparer, à se remettre en question? J’ai l’impression que tout le monde se compare à ceux qui se comparent à ceux qui se comparent à ceux qui se comparent… Et la roue tourne.

Tous ces mauvais côtés des médias sociaux me font souvent oublier les bons côtés des médias sociaux.

Je me demande ce que j’y fais encore.

Pour être bien honnête. J’ai de la difficulté à l’expliquer. Comme bon nombre d’autres usagers, j’y vais sûrement pour recevoir ma dose quotidienne d’approbation sociale. Le sentiment que procure cette approbation sociale est comme une drogue. Voir les likes s’accumuler, c’est comme recevoir plein de petites tapes dans le dos. C’est comme entendre tes amis te chuchoter des petits «T’es drôle», «T’es belle», «J’aimerais être toi», dans l’oreille.

Qui n’a jamais écrit un souhait d’anniversaire vide de sens et de tout sentiment? Je ne dois pas être la seule qui ressent cette pression lorsque j’omets le traditionnel «Bonne fête!» d’un de mes amis virtuels. J’en oublie souvent que ces amis ne sont pas des tamagotchis. Même si je disparais un jour de toutes ces plateformes sociales, ils continueront de vivre sans même s’en rendre compte.

Alors on fait quoi, quand on n’en peut plus, des maudits médias sociaux? On ferme nos comptes, on les oublie et on n’y retourne plus jamais? Si seulement c’était si facile. J’ai déjà essayé de me sevrer. De bloquer tous mes accès et de m’interdire d’y aller pendant toute une journée. TOUTE UNE JOURNÉE. Évidemment, 15 minutes plus tard, je retournais tout bonnement liker tout ce qui se retrouvait sous mon curseur. Un like par ci, un like par là. Comme une vraie de vraie junky, je retrouvais mon petit bonheur.

D’ici à ce que j’entame une grande cure de désintoxication, je vais plutôt retourner sur Facebook pour voir ce qui s’est passé pendant que j’écrivais ce texte. Telle une vraie hypocrite.

Sans rancune, Mark Zuckerberg, ce n’est pas toi le problème, c’est moi.

Hanté par une erreur

15 octobre 1998, Bromont. Dans l’école primaire de la Chantignole, une classe de 3e année, Les Marsupilami, s’apprête à plier bagage pour rejoindre leurs familles respectives.

Il est 15h40.

La professeure se lève de sa chaise de bureau. Chaise affectueusement appelée «Ma bouée de sauvetage». Ce n’est pas péjoratif, ce n’est rien de grave… C’est juste qu’il y a certaines journées où sa patience n’est pas au rendez-vous. Ce n’est pas contre ses élèves, ce n’est rien de grave… C’est juste qu’avec ses soirées à mécaniquement s’occuper de sa famille tout en réfléchissant au cours du lendemain, le repos et le lâcher-prise n’ont pas le temps d’exister. Ce n’est pas qu’ils ne peuvent pas exister, ce n’est rien de grave… c’est juste que peu importe le nombre de tâches, elle veut les accomplir pour le bien-être des enfants, au détriment de sa santé mentale. Ce n’est pas un reproche sur ses tâches, ce n’est rien, de grave… C’est juste qu’avec la fatigue qui s’accumule, c’est réconfortant d’avoir une bouée de sauvetage pour te rattraper en cas de faiblesse. Bref, la professeure se lève de sa bouée de sauvetage.

Une jeune fille colle passionnément des lentilles brunes sur un gros carton pour compléter son image de cheval. Pendant ce temps, le reste de son équipe termine le gazon en lentille verte et le soleil en macaroni. Cette activité n’est pas très importante pour leur avenir, mais pour cette fillette, il représente un moyen pour remonter le moral de son père qui doit commencer un deuxième emploi. Les dernières coupures ont affecté directement son emploi d’intervenant social.

Dans une autre équipe, deux garçons ramassent les pinceaux de colle, pas parce qu’ils ont fini le collage, mais parce qu’ils s’en foutent. De toute façon, ils savent que le ramassage est pour bientôt.

La professeure contourne son bureau pour emprunter le passage central entre les bureaux des élèves. Cette séparation n’est pas esthétique, mais plutôt extrêmement pratique. Ça lui permet d’aller rejoindre plus rapidement les jeunes turbulents. Séparation religieusement appelée «Moïse».

Voyant la professeure arrivée vers eux, les deux garçons se lèvent et ils marchent vers le lavabo au fond de la classe pour nettoyer les pinceaux.

Arrivée au bout de la route, la professeure commence à annoncer la bonne nouvelle : «Okay, les amis, il faut commencer à ramasser. Finissez ce que vous faites, allez rincer vos pinceaux de colle comme font Gabriel et Michael, ramassez les pots de macaronis. On se lave les mains et on s’installe à nos bureaux.» Elle se retourne ensuite vers son bureau en pensant au confort de son lit qu’elle ne rejoindra pas de sitôt.

Cette nouvelle arrive comme une bombe à la jeune fille. Le collage n’est pas terminé. Pas de collage, pas de sourire sur le visage de son père. Elle accélère la cadence et demande à ses coéquipiers de faire de même. Oups, manque de lentille! Rapidement, elle se lève et dit aux autres : «Continuez à mettre de la colle, je vais en chercher.»

Au lavabo du fond de la classe, les deux garçons arrivent, Michael ouvre le robinet et il commence à nettoyer les pinceaux.

«Hey, laisse-moi d’la place pour mes pinceaux, lance Gabriel.
– Y’a de la place en d’sous.
– Hen non, ta colle va tomber sur mes mains, c’est dégueu!
– Pis? T’as lave après.
– Ark, j’vais attendre… C’est quoi ça déjà, des lenpilles?
– Des lentilles.
– Ça l’air dégueu.
– Ouin, c’est pas bon.
– Comment ça se mange, c’est dur?
– Il faut les cuire avec de l’eau, comme ça!»
Michael prend alors le pot de lentilles vertes et submerge toutes les graines.

«Ah ouais?
– Ouais, pis c’est la même chose pour les autres.»
L’ouragan attaque tous les autres pots. Aucune espèce n’est épargnée.
«Heille, t’as fini avec les pinceaux, c’est à mon tour!
– Okay, dit Michael en rejoignant son équipe d’art plastique.»

La jeune fille trouve des lentilles près du lavabo. Heureuse, elle retourne rapidement vers son équipe, en prend une poignée et met les lentilles sur la colle.

La professeure commence à ranger ses affaires dans son sac à dos et elle réfléchit au foutu souper à préparer en rentrant à la maison. La jeune fille la rejoint alors à son bureau, les larmes aux yeux. Cette tristesse est la goutte de trop qui fait déborder sa patience. Ce n’est rien contre les élèves, mais aujourd’hui c’est LA mauvaise journée. La professeure se lève d’un bond et se dirige d’un pas ferme vers l’équipe de la fillette. En regardant le carton, la déception et la frustration se dessinent sur son visage. Elle se dirige ensuite vers le lavabo, ramasse un pot de lentilles rempli d’eau, se retourne vers la classe et s’écrit: «Okay! Là, je veux l’attention de tout le monde. Lâchez tout ce que vous avez dans les mains!»

Michael se retourne vers la professeure. La rage dans son visage et son ton de voix l’effraie. Énormément. Il n’a jamais vu son institutrice de cette façon.

Elle s’écrit : «Qui a mis de l’eau dans les lentilles?» Silence dans la classe, Michael a les fesses de plus en plus serrées. «Qui a pu penser que c’est une bonne idée?». Silence. De l’eau commence à remplir les yeux de l’enseignante. Ce n’est rien en comparaison aux ruisseaux de la jeune fille.

«Ça ne s’est pas fait tout seul! Cette personne a gâché le travail de son équipe. L’eau a troué le carton et le poids des lentilles a déchiré le dessin», s’écrit-elle en pointant la jeune fille. «Tout cet après-midi n’a servi à rien!», sanglote-t-elle. «Personne ne l’a fait. Personne?»

Silence dans la classe. La cloche sonne.

 

Sans rancune,

Je m’excuse encore, je ne voulais pas vous faire de la peine.

Pardonnez-moi,

Mike

Avoir le pardon difficile

J’ai toujours eu de la difficulté à pardonner. J’oserais même dire que je suis plutôt rancunière. Oui, oui. La fille derrière le blogue Sans rancune est rancunière! Cordonnier mal chaussé, comme dirait le dicton.

Ça fait quand même un bon bout de temps que je le sais que je suis rancunière. Plus jeune, lors des habituelles chicanes enfantines, je pardonnais durement à mes amies. Je ne comprenais pas comment je pouvais pardonner cette trahison si facilement à mon amie qui venait de voler mon ballon. Comment une simple poignée de main venait-elle effacer l’IMMENSE peine que j’avais? (J’avoue que j’ai toujours été ben ben drama queen, mais ça, je vous en reparle une autre fois.)

Bref, ça date de loin.

Aujourd’hui, du haut de mon quart de siècle, je vous avoue que j’ai beaucoup de difficulté à pardonner les gens qui doutent de moi et qui, pire encore, ceux qui me font douter de moi. Je vous rassure tout de suite, contrairement à la petite Chloé, je me fâche beaucoup moins souvent pour beaucoup moins de raisons mineures. Je dirais même que j’ai une grande patience et un dégoût des petites chicanes anodines. Tout le monde connait un couple d’amis qui semblent alimenter leur relation aux sessions de boudage pis aux engueulades régulières. Je n’ai jamais compris ces gens-là. Ce perpétuel climat de confrontation me semble être plutôt épuisant.

Je me console toutefois en me disant qu’au moins, je sais que je suis rancunière. Je le sais que si une personne que j’aime me fait du mal, je lui pardonnerai difficilement. Je le sais que mon pardon est difficile à offrir. Je le sais qu’il faut toujours surveiller les paroles dites aux autres, parce que ça se peut qu’un jour, quelqu’un décide de ne pas nous pardonner.

Mais maintenant, je fais quoi? Comment on fait, pour cesser d’être rancunier? On fait le vide et on oublie le passé en se concentrant sur le futur? Ça me semble trop facile. Trop facile de faire de la peine à quelqu’un pour ensuite implorer son pardon la larme à l’œil.

Est-ce que c’est moi le problème ou c’est cette habitude qu’on a de blesser autrui sans trop penser aux conséquences, en tenant pour acquis qu’on va être pardonné?

Admettons, on est dans un monde imaginaire. Dans ce monde imaginaire, le pardon n’existe pas. Si t’es en couple pis que tu trompes ta douce moitié, c’est fini, kaput, over. T’as beau lui faire des promesses et lui dire que c’était une erreur pis que tu n’as pas réfléchi, la personne que t’aimes ne reviendra pas parce que le pardon n’existe pas.

Dans ce monde imaginaire, est-ce qu’on s’efforcerait d’être gentil et aimable en tout temps? Est-ce qu’on ferait un effort supplémentaire pour réfléchir avant d’ouvrir la bouche ou avant de frencher un beau gars alors que notre amoureux est à la maison? Est-ce qu’on deviendrait de meilleur humain?

Probablement que non. Probablement que chaque être humain serait complément dénaturé. On marcherait constamment sur des œufs afin de ne pas faire de la peine aux gens qui nous entourent.

À bien y penser, c’est sûrement moi le problème!

Ben non, je vous niaise!

Sans rancune… ou pas!

Choisir le risque

Viens t’assoir, j’vais nous faire du thé pis on va se jaser du bonheur dans le blanc des yeux.

L’humain est un beau paradoxe. Il est un être de mouvement qui recherche la sécurité. Il atteint son plein potentiel en prenant des risques, mais il préfère la certitude et le contrôle. Pourtant, l’impermanence de la vie lui répète sans cesse que le contrôle n’est qu’une illusion.

Étouffe-toi pas avec ton oolong yogi frutti, je vais t’expliquer c’est quoi ça « l’impermanence de la vie ». C’est un concept bouddhiste pour expliquer que rien ne dure, que chaque chose tend à disparaître ou à changer.

Ça peut être radical. Un divorce. Un licenciement. Une mort. Ça peut être petit. Un amour qui se transforme. Un changement de carrière. Un éloignement avec un ami. Le concept reste le même. Ta vie n’est pas la même qu’il y a cinq ans et ne sera pas la même dans cinq ans.

S’tun peu déprimant tout ça hein. Bouge pas j’te fais un refill de thé, j’ai pas fini. Une fois que l’on accepte qu’il n’y a rien de permanent dans la vie, on s’attache moins à notre sécurité. On comprend que ça ne sert à rien, on lâche prise. On accueille plus facilement les petites et grandes vagues de la vie.

T’inquiètes, j’ai encore beaucoup de misère à l’accepter moi aussi. C’est pas évident de ne pas avoir d’emprise sur rien. Prend une bonne sniff de saveur artificielle de thé, j’vais te révéler un secret que ta grand-mère garde bien au chaud. Il faut avoir confiance en soi pour accepter de lâcher prise, accepter qu’on a pas le contrôle. Comprendre que la seule personne avec qui tu es certain de passer toute ta vie, c’est toi-même.

Le bonheur ça prend du courage. C’est choisir de se choisir, de se faire confiance. Une confiance en soi inébranlable. Apprendre à s’écouter. À se connaître mieux que n’importe qui. Connaître ses mécanismes de défense quand on se sent attaqué pour ne plus regretter nos réactions. Connaître ses limites physiques et psychologiques pour ne plus les dépasser et devoir se relever péniblement. Connaître sa propre valeur pour ne plus laisser les autres nous définir. C’est s’outiller pour affronter l’impermanence de la vie.

Le bonheur y’é impermanent. Le bonheur y’é badigeonné de graisse Crisco. T’as beau vouloir le retenir, il glisse et réussit toujours à s’échapper. On ne peut pas le contrôler. On peut par contre le choisir, se choisir. Parce que seul toi sais vraiment ce dont tu as besoin pour attirer ton bonheur.

Sans rancune, mon ami(e),
J’pourrais te parler des autres facettes du bonheur, mais y’a pus de thé. À ton tour d’aller trouver ton bonheur bien à toi.

Claudy Rivard
Références vidéo sur le bonheur :

  1. Le Bonheur expliqué par Frédéric Lenoir
  1. J’ai décidé d’être heureux – Documentaire réalité français

Référence littéraire :

  1. Le Livre tibétain de la vie et de la mort de Sogyal Rinpoché

Vaincre ses démons

-C’est quoi bonheur?

J’me suis souvent posé la question.
J’me suis souvent demandé ce qui me rendrait heureux.
Ce qui me permettrait de me lever chaque jour avec un sourire étampé sur le visage même si Duhaime joue à la radio.

Pourquoi j’ai des amis qui incarnent le bonheur, transpirent le Francis Reddy, pendant que moi, je les envie d’avoir trouver la recette secrète?
Tsé, le genre d’ami qui te fait chier tellement ils sont heureux.
Rien ne les dérange.
Il voit le positif dans tout :
« Pas grave les puces de lit, ça va me permettre de faire un bon ménage»
« Une crevaison… Tu veux dire une aventure!»

À l’aube de mes 26 ans, je me suis posé toutes ses questions.
Je voulais entamer mon deuxième quart de siècle avec la certitude d’en avoir aucune.
Ma première étape fut d’arrêter de regarder les autres, et de commencer à m’écouter.
Mes humeurs, mes réactions, mes émotions.
Je voulais comprendre mon tempérament.

Ça n’a rien donné!

Rien pour atteindre le bonheur.
Par contre ça m’a permis de comprendre que j’avais des conflits internes.
Pourtant le bonheur est sous nos yeux, partout.
Pour l’apercevoir, il faut seulement être dans le bon état d’esprit, mais le plus dur, c’est de trouver une façon d’y demeurer.

N’ayant aucun outil pour vaincre mes démons, j’ai décidé de consulter un psychologue.
Meilleure décision ever.
Mes constats sont véridiques.
J’ai de l’anxiété sociale.

«Ben voyons Mike, tu fais du théâtre, de l’impro pis là de l’humour. Tu es sur une scène à te faire juger par les gens. C’est à l’opposer de l’anxiété sociale.»

Justement, en montant sur scène, un personnage rentre en jeu et je peux contrôler ce que les gens peuvent penser.

En gros, mettons qu’on est dans une soirée.
Tu discutes avec du monde, pis là y’a un dude qui vient pis Y GOSSE.
Y’a rien de plus gossant qu’un gars qui gosse.
Ben moi, je préfère m’isoler, ne pas m’intégrer pour ne pas risquer d’être le gossant.
Pis je sais maintenant que c’est seulement dans ma tête.

Voici ce qui se passe entre mes deux oreilles.
Mon cerveau pense… trop.
Chaque personne a des réactions, des idées et des jugements.
Mon cerveau pense à vous, vos jugements.
Je mets en doute tous mes faits et gestes pour éviter un jugement basé sur une mauvaise interprétation.
La meilleure solution que mon cerveau a trouvée : faire de l’évitement.
Préférer intérioriser mes peurs, mes joies, mes opinions, mes blagues, mes folies pour éviter un jugement erroné.

À priori, c’est une bonne solution.
C’est vrai, les gens ne peuvent pas détester quelque chose qui ne se passe pas. Toutefois, ils ne peuvent apprécier quelqu’un qui ne parle pas.
Voilà, mon problème. J’suis rentré dans un cercle où je me retiens de m’exprimer pour être aimé, mais comment peut-on aimer quelqu’un qu’on ne connait pas?

J’ai pourtant des amis, des gens qui m’apprécient, car ils ont eu la patience de voir en dessous. De comprendre qui je suis et ainsi, éclipser ma peur.

Maintenant, je peux vous dire que mes 26 ans commencent bien.
Avec mes nouveaux outils pour vaincre mes Martineau, je vais mieux.
Je me lève chaque matin avec un sourire, puisque je ne cherche plus le bonheur, je l’entretiens.

Sans rancune, mon premier quart de siècle.

Mike

Ma pire meilleure rupture

Le bonheur, c’est pour moi un thème inspirant. Pourtant, avant de commencer à écrire, j’ai eu une panne. J’en ai tellement à dire sur le sujet, que je ne savais pas trop où commencer. Je ne voulais pas manquer mon coup. C’est pour cette raison que j’ai pris mon temps pour y penser.

C’est en faisant du ménage que je suis tombée sur un petit calepin à l’apparence plutôt banale. En le feuilletant, je me suis souvenu de ce qu’il contenait, mais surtout du moment où j’ai rédigé ces textes.

Alors, on est au début de l’an 2011, j’ai 20 ans. Je viens alors de vivre un rejet amoureux qui m’était rentré dedans. Je ne l’aimais pas vraiment ce gars-là, je le trouvais plate pis je savais que je n’allais jamais rencontrer ses parents. C’était un comptable voué à un avenir ennuyant. Ce gars-là m’a crissé en dehors de sa vie pour retourner avec son ex parce que c’était plus safe. Avec elle, il savait ce qui l’attendait. Il savait qu’il ne l’aimait pas passionnément, mais qu’elle ferait une ben bonne mère de famille. Tu vois le genre?

Quand c’est arrivé, j’ai eu envie d’écrire. D’écrire ce que je ressentais parce que je ne comprenais pas trop ce que je ressentais pis pourquoi j’avais autant de peine. Je voulais tourner la page. C’est au moment où je suis tombé sur une phrase qui m’a bouleversé que j’ai eu envie d’écrire: «Vaut mieux vivre imparfaitement sa propre destinée que de vivre la vie de quelqu’un d’autre à la perfection.» Cette phrase, je l’ai lu dans le livre Mange, prie, aime (huhuhu!), mais c’est initialement un extrait de La Bhagavad Gita un texte yogique de l’Inde ancienne.

À l’époque, cette phrase m’avait fait penser à mon comptable plate qui avait décidé de vivre la vie de quelqu’un d’autre, juste parce que c’est plus safe.
Je m’étais alors posé une question : c’est quoi le bonheur?Voici ce que je m’étais répondu :

« Le bonheur, c’est être vraie, intègre, unique, bizarre, originale, drôle, alerte. C’est être moi, malgré la pression sociale.
La vie n’est pas simple. Elle est remplie d’erreurs, d’embuches, de découragements. Vie là. Complètement. Sans peur. Le bonheur est près de toi. Tends les bras. Ouvre ton cœur. Écoute. Regarde. Goûte. Vie.
Respire. Arrête de penser à toutes les choses stressantes qui t’arrivent et qui t’arriveront. Fais de ton mieux, le reste on s’en fou. Tu vis pour qui? Pour quoi? Pour toi. Pour le bonheur. Ne sacrifie pas ton bonheur pour des choses futiles. Il n’y a pas de règles à suivre. Tu vis ta vie comme tu l’entends. À ta manière. Parfaitement, dans l’imperfection. Fais-toi confiance et souris à la vie. Sois heureuse, profites-en. »

Plus de 5 ans plus tard, le hasard a fait que je suis tombé sur ce petit gribouillis-là. Vous trouverez peut-être ça cucul, mais j’y crois encore fermement à cette idée du bonheur.

Relire ces quelques phrases m’a fait du bien et m’a inspiré à continuer à cultiver mon bonheur. Merci, Chloé de 2011!

Sans rancune, les comptables. Il n’est jamais trop tard pour changer de vie!

Chloé

Jeune par en dedans

« À soir, c’est mon anniversaire; bien oui, regarde donc, j’ai 35 ans. Je sais, je sais, j’en ai pas l’air; pis j’suis encore plus jeune par en dedans. »

C’est cliché de commencer un texte par une citation de chanson, mais quand on m’a demandé d’écrire pour le 25 août, jour de ma fête, ça m’a fait un petit quelque chose. Un coup de vieux? Peut-être. J’ai aujourd’hui 33 ans et, pour être bien honnête, je suis pas certain d’être devenu adulte. En fait, je sais même pas ça veut dire quoi, être un adulte. Être mature? Être responsable et agir de façon réfléchie en faisant attention aux conséquences de tous nos faits et gestes?

Quand j’avais 16-17 ans, un pot de pilules dans une main, un paquet de questions sans réponse dans l’autre, je m’étais juré que je serais pas un adulte, que c’était trop de job et de responsabilité (bon, un coming out de fait, oui, je fais partie des statistiques des jeunes qui n’avaient pas réussi à trouver un autre moyen pour demander de l’aide).

Rendu à 33 ans, je me rends surtout compte que si je ne suis pas un adulte, c’est à cause de la peur, la maudite peur: la peur de se tromper; la peur de rejeter ou d’être rejeté, la peur de pas être à ma place, professionnellement ou socialement; la peur d’avoir fait un mauvais choix en quelque part dans ma vie et d’être passé à côté de la plus belle chose qui soit. J’ai peur de finalement réaliser que la vie, c’est pas comme une partie de Playstation alors que ce serait tellement plus simple: suffirait d’appuyer sur reset sans sauvegarder la partie et de reprendre au point qui fait notre affaire.

Si je suis pour partir à 66 ans ou, pourquoi pas, à 99 ans (inquiétez-vous pas, j’ai bien l’intention de continuer pendant un bon bout), ça veut quand même dire que je suis rendu à la moitié ou au tiers de ma vie. Est-ce que j’ai fait la moitié de ce que je voulais faire? Est-ce que j’ai fait la moitié de ce que je pourrais faire? Est-ce que je sais la moitié de ce que pourrais-je et voudrais-je?

C’est sûr que c’est facile de se comparer aux autres pour essayer de savoir où on est rendu. Je suis marié, j’ai un garçon, un emploi stable, une hypothèque et autres occupations d’adulte. Est-ce que ça veut dire que les célibataires en appartement qui ne veulent pas nécessairement d’enfants sont moins adultes et laisseront un legs de moins bonne qualité aux générations futures?

Ah! Les générations futures. À en croire tous les projets de société qu’on tente de mettre en place, tout devrait être fait et pensé pour les générations futures? À partir de quand on devient une génération actuelle? Si la génération actuelle agissait en adulte, peut-être qu’elle pourrait vieillir au présent au lieu de se projeter dans les générations futures…

J’imagine qu’il faut être positif et voir le verre à moitié plein plutôt qu’à moitié vide. Encore là, est-ce que le verre est de la bonne grandeur? Est-ce que ce serait mieux de le remplir avec autre chose? C’est peut-être ça devenir adulte : devenir moins cynique ou apprendre à vivre avec. Aussi bien de commencer tout de suite; après tout, il me reste peut-être juste 33 ans pour y arriver.

Sans rancune, Axel. Papa t’aime plus que tout. Après tout, t’es une génération future…

Danny Poirier

 

 

 

 

Vieillir de reculons

Chaque matin, je me lève et je contemple mes plantes nouvellement humidifiées.
Ces êtres qui naissent et vieillissent à un rythme accéléré puisque la saison qui approche est porteuse de mauvaises nouvelles.
Lors de leur croissance, certaines feuilles poussent dans un chemin erroné et elles décident de flétrir pour mieux se reconstruire.
Chaque matin, je contemple ce qu’elles sont sans me préoccuper de ce qu’elles deviendront.

De mon côté, plus les années s’accumulent dans mon scrotum qui s’affaisse, plus je ne veux pas prévoir ce que je deviendrai.
Les erreurs, je veux les commettre. Je veux grandir en sachant personnellement ce que je ne veux pas devenir.
Adapter ma vie à un bonheur préconçu m’empêche d’apprécier pleinement le présent.
Je préfère vivre que prédire.
J’aime vieillir de reculons.

À une certaine époque, mon plan était clair.
J’avais une urgence : terminer l’université pour obtenir un emploi stable et fonder ma famille. Maintenant les études terminées, mon urgence se trouve à construire une table de babyfoot au lieu d’une maison.

Est-ce une mauvaise chose?
Parce que j’ai cette impression qu’en vieillissant certains intérêts devraient s’éclipser ou se camoufler en plaisir coupable. Un adulte avec une certaine dose de responsabilités ne devrait pas faire telle ou telle chose sous peine d’être bizarre selon des règles sociétales non-écrites. Pourtant, renier ce que nous aimons, ne constitue-t-il pas une trahison envers qui nous sommes?
Les routes de la vie sont nombreuses et la dernière chose que je veux, c’est d’emprunter le raccourci du regret.

Aujourd’hui, je viens de me faire juger.
Rien de grave.
Juste un long soupir accompagné d’un «pour vrai!»
Une conséquence directe entre l’action posée et l’âge possédé.
Ma blonde m’a pogné en train d’écouter le dernier film de Pokémon sur Netflix.
Pis j’en étais fier.

Je vieillis de reculons.

Sans rancune, moi du futur

Mike

Se comparer pour mieux se questionner

J’ai 25 ans. Vingt-cinq ans. Un quart de siècle. L’âge exact où on est ni jeune ni vieux. Cet entre-deux-là, j’ai ben de la misère à le saisir pis ça me fait me poser bien des questions.

Je suis chanceuse. À cette étape-ci de ma vie, je suis comblée sur plusieurs plans. J’ai une famille que j’aime et de laquelle j’ai toujours eu tout le support du monde. Même si je suis à quelques centaines de kilomètres d’eux, ils ne sont jamais loin de moi, en pensées. J’ai un travail que j’aime, où je me sens bien et où je suis entourée de collègues au top. J’ai un super amoureux que j’aime, qui m’aime autant en retour et avec qui je construis chaque jour quelque chose de très nice qui nous ressemble.

Je vous l’avais dit que j’étais chanceuse! Malgré quelques bas et hauts, ma vie est pas mal dans le positif.

Pourtant…

Pourtant, je me pose souvent la question : «Pis là, je fais quoi?»

On fait quoi quand on est si bien? On se marie? On fait des bébés? On profite de tout ça avant de faire des bébés?

Un paquet de questions pas mal difficile à répondre.

J’ai toujours voulu me marier. Pas pour le flafla ni pour la grosse robe blanche, mais parce que j’y crois, moi, au mariage et à l’amour. Appelez-moi old school si vous le voulez, mais l’engagement et la promesse de fidélité, j’y crois. Même si pour moi, c’est une priorité, c’est pas la même chose pour mon p’tit chum qui est pas pressé pressé de me passer la blague au doigt. Sorry, Beyoncé. Comme j’ai pas envie d’y jeter un mauvais sort pour l’ensorceler, je préfère attendre.

Les bébés? Pas pour l’instant. Même s’il paraît qu’il y a pas de moment parfait pour commencer à se reproduire, on préfère repousser le projet de quelques années. Mais on jour, on va créer les plus beaux petits humains du monde.

Fait que là, je fais quoi?

J’ai toujours trouvé ça difficile de pas me comparer aux autres. Ç’a toujours été et ce sera sûrement un combat que je mènerai encore longtemps. À ce moment de ma vie où plusieurs (voire beaucoup) d’amies ou de connaissances passe à une autre step de leur vie, je me dis que je suis dont en retard pis que je devrais dont faire comme elles. Pourtant, je le sais aussi bien que vous qu’il faut pas que je fasse ça. J’essaie donc de mener une vie, MA vie.

J’aurais peut-être pas une nouvelle bague à la main gauche ni un mini-moi qui me régurgitera dans le décolleté de si tôt, mais quand ça va arriver, j’en serai bien contente. Peut-être que ce sera dans 6 mois, dans 2 ans, dans 10 ans ou ben jamais, mais ce sera mon choix.

D’ici là, je vise mon bonheur et celui des gens que j’aime. Je profite de toutes les belles choses qui m’entourent et je me dis que le destin nous réserve souvent bien des surprises!

Sans rancune, les nouvelles mamans, un décolleté, ça se lave!

Chloé

Cadeau

 

Peu importe c’que j’fais
t’es en tabarnak

Ouais je l’sais
on pourrait m’enfermer
pour mon sens de l’humour
mais la vérité
c’est qu’à travers mes jokes sales
j’exhibe à tous c’qui m’écoeure le plus de moi-même
dans’ société, j’t’un ostie d’freak show ambulant
j’me purge de mes pires défauts jusqu’à les rendre grotesques
pour qu’on puisse s’rassembler pis en rire, en gang
rire d’la haine, rire du machisme
rire d’la peur, rire d’la mort
rire de c’que tu veux
pis même, à que’qu’ part

rire du rire

Pis toi
toi tu t’appitoies
mais c’que t’admettras jamais, c’est que
tout c’que j’avais d’plus beau en moi
j’te l’réservais, juste pour toi, crisse
pis tu l’sais ça
tu l’sais ça, pis pourtant
tu m’fais passer pour le pire des salauds aux yeux d’tout l’monde
juste pour avoir le privilège de jouer la victime, le seul rôle
que toi, t’arriveras jamais à jouer d’façon crédible

À c’t’heure que t’abuses de tout c’que j’suis,
que tu gueules n’importe quoi sur moi
que tu craches sur tout c’que j’ai pu être
juste pour jouer l’ostie d’victime
j’peux-tu t’dire que j’regrette de pas t’avoir
décrissé l’âme pendant qu’je l’pouvais, au moins
j’aurais pu immortaliser dans ma tête l’image de ta face
convulsée d’larmes pis barbouillée d’morve, immortaliser c’t’image-là
pis m’crosser d’ssus l’soir, quand j’suis trop en crisse
quand tu m’as trop blessé, quand j’ai juste
trop mal
pour dormir

Pour vrai,
j’pense que plus c’que j’suis s’précise, plus tu m’méprises
à chaque reproche, tes yeux sont cinglants d’convoitise
pis tes osties d’paroles stupides pissent la jalousie
qui t’moisis dins poumons depuis trop fucking longtemps

Vas-y niaise-moi, démonise-moi
dis à tout l’monde que j’suis l’Mal incarné, el’ Malin cornu
fais-toi passer un patchwork dégueulasse
de bouttes de Mère Thérésa
de Gandhi, de Jeanne D’Arc pis d’René Lévesque
beurre-toi d’une bonté cheap de chez Costco
enduis-toi d’une sagesse synthétique
taque-toi un ostie d’sourire niais dans’ face
pis fais-toi plaisir, pousse-les à m’haïr
parce que c’est tout c’que t’es capable de faire
juge-moi, étiquette-moi, discrimine-moi
impose-moi les traits du parfait mange-marde
fais-moi une chirurgie pastiche,

construis de toutes pièces mon masque social

parce que t’es incapable de voir au-d’là des apparences
incapable de penser par toi-même
incapable de sortir de ton bocal
t’es une TV qui marche pis gesticule, pis m’griche après
tu produis ben du son, ben d’la lumière
mais dès qu’y’a p’us personne autour, tu t’éteins
t’es juste un paquet d’problèmes pis d’filage inutiles
pis d’pixels qui broient du noir
ouais, clairement
t’es juste une crisse de TV portative
parce que sans l’regard des autres pour y briller

tu t’éteins
sans moi, à haïr

tu t’éteins

mais j’veux surtout pas qu’tu t’éteignes
tu m’divertis ben trop pour ça
j’t’offre un texte de salaud, j’sais ben
mais c’est l’ostie d’rôle social de marde que tu m’taques dans’ face chaque fois qu’on s’croise
j’espère que tu manqueras pas d’m’envoyer chier
pis d’me donner l’mauvais rôle, dans mon dos
devant tout l’monde
parce qu’en que’qu’ mots seulement
j’t’en tarbarnak une

hey,

sans rancune.

Thomas Langlois

Salut, ça va?

Les interactions sociales sont inévitables.
Chaque début de conversation commence avec ce que j’appelle de « l’osti de marde ».
Certains diront : « Non, ce n’est pas vrai. Les conversations débutent avec Salut, ça va?»
Justement, c’est rendu de « l’osti de marde ».
Pour moi, le « Salut, ça va? » est devenu un signe de courtoisie dépourvu de sens.
Un automatisme social.
Sinon, pourquoi certaines personnes sentent-elles l’obligation de répéter la question avec des marqueurs de franchise : « Mais pour vrai, ça va? »
Si on enlève la sincérité à ce qui est censé être un échange de politesse, peut-on encore considérer cette interaction comme courtoise?
La faute n’est pas seulement à l’initiateur de la conversation. Rares sont les gens qui répondent honnêtement à la question.

– Ça va?
– Oui, toi?
– Oui!
– …
– …

Les humains s’embourbent dans ces automatismes, mais pourquoi?
Pourquoi ne sommes-nous pas francs les uns envers les autres dans nos interactions de tous les jours?

J’ai des hypothèses :

  1. On répond « oui », car on vit dans une société du paraitre et bien paraitre sera toujours préféré à l’honnêteté.
  2. Difficile de répondre « non » quand tu te fais aborder par un itinérant. Tes problèmes ne valent pas grand-chose.
  3. Répondre « oui » laisse présager que ta vie va bien, et ce, même si rien ne va. Nathalie Normandeau répond sûrement encore « oui ».
  4. Quand tu vies des moments très difficiles et qu’un vendeur t’aborde, tu préfères répondre « oui » pour ne pas entendre des phrases du genre:
    – Avez-vous pensé à la garantie prolongée, cette sécurité va vous remonter le moral!
    – Ben voyons ça ramènera pas ma mère!
  5. Quand tu vas chez le médecin et que tu réponds « oui »…… QU’EST-CE QUE TU CALISS LÀ?

Changeons cette discussion mécanique.

Redorons ce geste de courtoisie! Autrefois, cette interaction était respectée. À l’époque où la vie n’était pas tenue pour acquise, où l’on devait se battre pour survivre. Se battre contre la faim, contre des épidémies dévastatrices, contre des humains armés, contre des dragons ou des Whites Walkers (ouin, j’viens de finir Game of Thrones).

Mon idée n’est pas de vivre au moyen âge, mais quand les gens se disaient «Salut, ça va?», c’était sincère parce qu’ils étaient contents de se voir encore en vie.
Mais comment adapter cette sensation à notre époque où les gens vont dans des lieux publics, des lieux culturels pour s’isoler avec Pokemon Go…

Je ne peux pas régler tous les problèmes, mais pour ce qui est du « Salut, ça va? », j’ai une solution.

C’est simple, changeons la phrase!

Dernièrement, j’ai vécu une drôle de situation lorsqu’on m’a demandé :
« Comment vas-tu? »
J’ai alors réalisé que « oui » ou « non » ne constituait pas une réponse valable à la question. Il m’a fallu quelques secondes de réflexion pour trouver des mots qui exprimaient ma sensation.
J’ai donc répondu, « Je vais mieux, parce que grâce à toi, j’viens de faire une introspection pour te répondre honnêtement. Avant, je répondais sans réfléchir! »

Sans rancune!

Mike

Veux-tu tu être mon amie?

Je me souviens d’un temps ou c’était super facile de se faire de nouvelles amies. Sans même se poser trop de questions, on devenait les meilleures amies du monde.

Qu’est-ce qui se passait quand on voulait ajouter un peu de mordant et de suspense à l’amitié? On s’écrivait une lettre dans le genre : «Veux-tu être mon amie? Oui ou non (encercle ta réponse)». Si la destinataire de cette lettre encerclait oui, un petit collier à partager était distribué et le pacte d’amitié était scellé.

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Photo: aliexpress.com

Plus jeune, chaque été, je participais à un camp de vacances. Je partais pendant une bonne semaine, loin de la maison vers un endroit où je ne connaissais personne. Je me souviens encore du sentiment de fébrilité qui m’envahissait juste avant de mettre les pieds au camp. J’étais tellement excité à l’idée de me faire de nouvelles amies que j’en oubliais tout le reste. Une fois sur place, à peine 30 minutes s’étaient écoulées que je me faisais une nouvelle meilleure amie du monde. Au bout de la semaine, on se quittait en se promettant de s’ajouter sur MSN et de venir se visiter dans nos villes respectives. Deux semaines plus tard, j’avais déjà oublié le nom de mes nouvelles amies et je passais à autre chose.

C’était si simple parce qu’on était si naïfs.

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Je viens d’un petit village. Dans mon ancienne école, tout le monde était ami avec tout le monde. That’s it, that’s all. Comme on allait fréquenter les mêmes personnes de la maternelle à la 8e année, aussi bien faciliter les choses et devenir amie avec elles.

Plus je vieillit, plus je suis rends compte qu’être amie avec tout le monde, ce n’est pas nécessairement le scénario idéal. Au fil du temps, mon cercle s’est transformé en entonnoir et seules mes meilleures amies du monde sont restées près de moi.

Lorsqu’est venu le temps de quitter la maison familiale, j’ai eu le cœur gros à l’idée de laisser mes amies derrière moi. Je savais que je ne les verrai plus que quelques fois par année et que «le bon vieux temps» était derrière nous.

Même si je ne les vois effectivement plus qu’une ou deux fois par année, je suis toujours soulagée de constater que rien ne change réellement entre nous. Même si on change, même si on a vécu des expériences différentes, on retombe toujours dans le même mood qu’avant.

Aujourd’hui, je constate qu’il est de plus en plus difficile de se faire de nouvelles amies. La belle naïveté d’autrefois est disparue. Je sais qu’il n’y a pas de formules magiques pour développer une belle relation amicale. Même une petite lettre savamment pliée ne peut plus faire de miracles. Les amoureux, le travail et les horaires du temps chargés viennent aussi compliquer les choses.

Mon cercle d’amies est de plus en plus restreint, les quelques personnes qui en font partie y sont pour les bonnes raisons. J’ai rapidement compris qu’il fallait mieux rester soit même et s’entourer de personnes qui nous connaissent vraiment que de mettre un masque pour se faire aimer de tous.

Sans rancune, les amies du camp, désolée d’avoir perdu votre MSN!

Chloé

P.S. Ne vous inquiétez pas les boys, le genre féminin est utilisé dans le but d’alléger le texte, il inclut aussi le genre masculin.

Jouer à faire semblant

« Wow! Ça doit demander énormément d’assurance de faire ce que tu fais! C’est incroyable d’avoir autant de confiance en soi! En tout cas, moi, j’en serais jamais capable! Bravo! »

Voici ce qu’une très gentille demoiselle m’a confié un soir, après l’une de mes performances burlesques. Je l’ai regardé dans les yeux avec un gros pincement au cœur qui m’a empêché de dire autre chose qu’un simple merci.

Mais, je peux bien vous le dire à vous. Je m’appelle Valérie, j’ai 25 ans, je suis actrice et artiste burlesque… et je n’ai absolument aucune idée de ce qu’est l’assurance.

Au risque de faire ressembler mon texte à une confession plutôt qu’à un texte d’opinion, je ressens le besoin, plus que jamais, d’exprimer qu’il n’y a probablement personne sur terre que je peux détester plus que ma propre personne.

Prôner l’acceptation du corps et ne pas être capable d’accepter le sien, tu parles d’une intégrité.

Comme dans l’expression « un cordonnier mal chaussé », je me sens constamment dans la peau d’une grande imposteur. Mais de se montrer les foufounes sur une scène ne vient pas automatiquement avec toute l’assurance du monde.

Comme quoi, faire partie du milieu n’est pas un vaccin contre les troubles de l’estime de soi. Souvent, c’est même complètement le contraire.

Au théâtre, me cacher derrière un personnage m’aide à dissocier ce à quoi je ressemble de ce à quoi j’aimerais ressembler. L’espace d’une représentation, du moins. Le problème c’est que maintenant je joue toujours à faire semblant. J’ai appris à me servir de ma passion comme d’une belle grosse carapace pour cacher, sur scène comme dans la vraie vie, ce que je pense réellement de moi.

Je revêts chaque jour cette belle robe qu’est l’assurance, en prenant bien soins de cacher à tout le monde qu’elle n’est fait que de synthétiques.

Ça fait mal à dire… autant que ça doit être décevant à lire.

J’aimerais pouvoir vous dire que le burlesque a complètement effacé, d’un coup de baguette magique, tous les reproches que je peux me faire à moi-même. Que d’être confrontée à mon corps seul, littéralement mis à nu sur scène, dans un contexte où la diversité et la sensualité de tous sont au premier plan, m’a aidé à accepter qui je suis dans mon entièreté. Que d’être entourée d’une multitude de femmes inspirantes, confiantes, différentes et assumées aurait pu effectivement entrainer des résultats positifs dans ma quête d’amour propre.

Ce n’est malheureusement pas le cas… oups.

C’est dommage non? D’être aussi bien entourée, mais de refuser catégoriquement le changement!

En tout cas, c’est le cas pour le moment. J’aime croire qu’un jour j’arrêterai de me faire du mal. Parce que je refuse de rester comme ça toute ma vie. Je veux apprendre à vivre avec mon corps et à en prendre soin. Je veux arrêter de lui faire la guerre. Je veux arrêter de détester la phrase « Je suis belle comme je suis » comme si c’était un mensonge ou une défaite. Je veux un jour me dire que tout ça est derrière moi et que mon corps ne fait plus entrave à mes projets, mon bonheur, ma vie, quoi.

D’ici là, je vais essayer de faire le ménage de mon linge synthétique!

Sans rancune, mes collègues de burlesque! Vous êtes une grande inspiration, il serait juste temps que j’arrête de vous envier et que j’en prenne de la graine!

Valérie

La théorie du frais chié

Tantôt j’ai eu l’air d’un cave.
Encore.
C’est la faute de personne.
Je me suis infligé cette impression.
Je suis l’autodidacte d’avoir l’air cave.

J’étais dans un bar après un spectacle et il ne s’est rien passé.
Vraiment rien passé.

[…]

Je pratique un passe-temps.
Comme tout le monde, j’investis une partie de ma vie dans une discipline pour me permettre d’apprécier davantage les autres moments de mon existence.
En vieillissant, nos passe-temps changent. C’est normal, nos champs d’intérêt évoluent.
Je me rappelle qu’au secondaire, j’aimais Britney Spears.
Sa carrière, bien sûr!
J’écoutais en boucle le vidéoclip de sa toune Toxic.
C’était mon clip préféré surtout parce qu’il y avait un contrôle parental sur l’ordinateur familial.
Avec le temps, mon intérêt pour Britney s’est effrité.
Je ne pourrais te dire quand mon désengagement a commencé, mais j’ai arrêté d’y accorder de l’importance pour ne pas m’intoxiquer la vie (Leave Britney alone!).

Peu importe le passe-temps que tu as, je suis dans le regret de t’annoncer qu’il y a quelqu’un de meilleur que toi pour le faire.
Pis, c’est correct!
Il le faut même.
On a besoin d’un modèle pour s’améliorer.
D’un «préféré» à qui se rattacher pour se motiver.

Moi, je pratique l’art de la scène sous plusieurs formes : le théâtre, l’humour, l’improvisation et l’animation.
Dans chacune d’entre elles, il y a des gens que j’aime voir performer.
Je suis tout sauf indifférent à leur talent.
Ils pratiquent ma discipline et il me donne l’impression que c’est facile.
Ils sont à la limite d’être frais chié tellement ils ont l’air d’avoir une assurance inébranlable

Ce qui me fait revenir sur ma capacité d’être un cave.
D’être incapable d’être moi-même devant une personne que j’admire.
Sans même la connaitre, je place cette personne sur un piédestal.
Je la range moi-même dans un tiroir, celui que j’appelle «vedette».
Pourtant, c’est un être humain, comme vous et moi.
Il vit les mêmes tracas et il fait les mêmes cacas mous de stress avant un spectacle.
Il doit même vivre cette attente à la performance.

Bref, je suis assis au bar après un spectacle et l’un de mes «préférés» vient s’assoir à côté de moi pour se commander une bière.

Ma gêne me paralyse.
Elle m’empêche de lui envoyer mes félicitations parce que je me dis:
«Tout le monde doit lui dire, il doit être tanné.»
Je le regarde.
Il me voit.
Je lui fais un petit sourire de cave.
Osti, j’suis cave.
Je ne dis rien.
Je te l’avais dit au début qu’il ne c’était rien passé.
Si t’avais des attentes, ben c’est de ta faute.

C’est alors qu’une troisième personne se rajoute à notre conversation : le malaise.

Après quelques minutes de silence, l’artiste se retourne vers moi et me dit :
-Hey, dis-moi, as-tu vu le spectacle?
-Oui, j’étais là
-Pis c’était comment?
-J’ai vraiment aimé. Ce fut une très belle soirée!
-Merci! … Ça fait du bien à entendre. J’étais ben gros stressé.
-Pourtant, ça pas paru, t’avais l’air très à l’aise sur scène.
-Tu fais ma soirée… J’avais l’air d’être en contrôle de mes moyens, mais, en réalité, je pissais dans mes shorts.

J’avais raison, c’est un être humain!
Surtout qu’il rajoute : «Tu peux avoir de l’assurance dans toutes les actions que tu poses, mais c’est le fait de t’inquiéter du résultat qui t’empêche d’être frais chié.»

Sans rancune, les frais chiés!

Mike

Hola, les lolos!

Il y a de cela quelques jours, l’amoureux et moi, on marchait vers la maison. C’était vendredi, il faisait beau pis on venait de se bourrer la face de bonne bouffe.

À un moment donné, on croise deux filles. Deux belles filles, je crois. Je n’ai pas tant remarqué leurs visages pour une simple et bonne raison : une des deux ne portait pas de brassière. Elle ne portait qu’un léger chandail qui laissait peu de place à l’imagination, mais beaucoup de place à ses mamelons.

Mon amoureux les a vus, je les ai vus et ils (les mamelons) nous ont probablement vus le voir. Personne ne fait rien, ne dit rien, on continue notre marche.

Deux minutes plus tard survient la question qui tue de mon très peu subtil lover: «Toi, Chloé, est-ce que tu porterais pas de brassière en public?».

Pas de brassière en public.

De tout mon calme, je lui réponds par la négative. De cette réponse est accompagnée une panoplie de bonnes raisons :

– «J’ai des plus gros seins que cette fille-là, ce serait certainement pas aussi beau.»
– «Si je porte pas de brassière, je vais avoir mal au dos.»
– «T’sais, s’ils ont inventé la brassière, c’est pour une question de confort.»

Pis là, quelques jours plus tard, j’ai juste envie de me dire une chose : «Arrête de mentir, Chloé».

Le savez-vous pourquoi j’enfile une brassière dès que je quitte mon appart’? Parce que je n’ai pas l’assurance de cette fille-là. That’s it, that’s all. Avec un peu plus d’assurance, je vous jure que je les brulerais vives, mes maudites brassières pis que j’embrasserais le mouvement. #freetheboobs

On vit dans une société où on nous apprend très tôt que les seins, c’est les «parties intimes de la fille» et qu’il faut les cacher et ne surtout pas les montrer aux p’tits gars. Mais dès que l’on comprend l’effet que les seins peuvent avoir sur ces p’tits gars-là, on a rapidement envie d’avoir de gros lolos pour les mettre à profit.

À l’adolescence, j’ai ardemment voulu d’ÉNORMES seins. J’en voulais des gros pis j’avais vraiment hâte d’en avoir. Dans mon cas, la fleuraison a été lente, mais ô combien profitable! Et c’est alors que j’ai commencé à emprisonner mes précieux dans des maudites brassières! Pourquoi? Parce que c’est ce qu’on m’a appris.

J’ai l’impression que toutes les remarques, les comparaisons et les images qu’on envoie aux jeunes filles sont très marquantes.

Si un jour, j’ai la chance d’être la mère d’une ou plusieurs fillettes, je me fais la promesse de ne jamais au grand jamais m’abaisser, me critiquer ou juger négativement mon apparence physique.

J’ai toujours été plus grande, plus imposante, plus curvy que la plupart des mes amies. J’ai toujours vu ça comme quelque chose de négatif. Avec le recul, je sais que ça n’a aucun bon sens pis je trouve ça plutôt triste.

Comme bien d’autres filles, être complètement nue devant un miroir, c’est très difficile. Le chemin qui mène à l’acceptation de son corps est plutôt long et ardu. C’est une bataille quotidienne que j’espère un jour gagner.

Sans rancune, la fille pas de brassière, c’est toi qui as raison.

Chloé

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(Merci à Bernard Adamus pour l’inspiration du titre!)

Fermez votre garde-robe

Je suis Xavier, j’ai 21 ans et j’ai peur des gens.
Ouin… j’ai peur des gens. Ou plutôt du personnage que les gens ont emprunté.

Je sais pas trop pourquoi, mais les humains ont décidé de jouer une grosse game de cache-cache. C’est comme si en se réveillant, les gens mettaient un genre de costume qu’ils allaient porter pour le reste de la journée, et ça chaque jour. Ayant un costume pour le travail, un autre pour les amis et un autre pour les moments plus tendres avec leur douce moitié, disons.

Ce qui me fait peur c’est qu’au fond, je sais qu’on est tous pareils. Qu’on a tous le même désir d’avoir un logis, qu’on a tous les mêmes petites joies, qu’on sourit tous quand on voit un ado s’enfarger parce qu’il a les pantalons trop bas. Ma peur vient du costume, ou plutôt du pourquoi du costume. Pourquoi est-ce qu’on doit porter des costumes? Pourquoi est-ce que les gens se cachent derrière ces costumes? Pourquoi est-ce que c’est devenu quelque chose de gros d’être honnête, de partager ce qu’on ressent pour vrai? Pourquoi est-ce que l’important maintenant c’est de bien paraitre?

Parce que quand on parait bien, on a un meilleur costume.

C’est vrai, en paraissant bien, les gens ont tendance à être plus courtois avec toi. C’est pourquoi les gens vont essayer de mettre un beau costume lorsqu’ils sortent en public. Les autres, voyant le beau costume, vont être attirer de venir demander de quoi il est fait, ils vont s’intéresser à la coupe, aux matériaux, à la couleur, mais jamais à celui qu’il le porte. Ils vont prendre des trucs, des mesures et vont utiliser ces mesures ou tissus pour améliorer leur costume à eux une fois à la maison. Ils vont améliorer leur costume, déjà très beau.

Par contre, en mettant un vieux costume, les gens ont tendance à juger, à rire de ou même à ignorer celui qui porte le costume. Pourtant, il est bel et bien humain comme l’autre homme vêtu de soie. Il ne s’y connait pas en matériaux et tissus, mais il peut certainement vous raconter de vieilles histoires ou vous partager ses plus importantes valeurs.

Vous comprenez?
C’est pour ça que j’ai peur. Parce que les gens, à force de porter le costume qu’ils portent chaque jour, ont fini par s’identifier au costume. Tellement, qu’ils en perdent toutes notions de ce qui est vrai et ce qui est faux. C’est plus facile de se cacher derrière un doux mensonge que derrière une dure vérité.

Je me dis toujours que les gens mentent une fois sur deux et que s’ils ne sont pas en train de mentir, ils déforment la réalité.

Donc la prochaine fois que tu me parleras de ton costume, surprends-toi pas si la tension monte d’un cran.
Sans rancune, c’est juste que je préfère m’intéresser au contenu qu’au contenant.

Xavier Cantin

Je suis menteuse

J’imagine que vous avez lu le dernier billet de Mike. Sinon, vous pouvez le lire juste ici. Allez-y, je vous attends.

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Je dois vous avouer que j’ai également eu une panne d’inspiration majeure. L’honnêteté est un sujet si vaste que c’est plutôt difficile d’en choisir un aspect et d’en faire un texte. Pourtant, l’honnêteté, c’est une qualité que tout le monde connaît. Qui n’a jamais eu à se questionner sur son honnêteté?

Quotidiennement, on peut être confronté à une question du genre : est-ce que je mens ou est-ce que je dis la vérité? Personnellement, il m’arrive souvent de mentir. Oui oui, je suis une menteuse. Pas d’énormes mensonges, mais des petits mensonges, emmenez-m’en à la pelleté.

Rassurez-vous, mes amies et amis, à vous, j’évite les mensonges. Sauf les fois où je dis que je n’ai pas vu votre message, mais qu’au fond, j’y ai juste pas répondu. C’est plutôt à mes connaissances que je préfère mentir.

Je mens aux autres, aux gens qui m’entourent, je mens pour m’éviter des ennuis, évidemment, mais je mens aussi pour m’éviter de devoir continuer une conversation à laquelle je n’ai tout simplement pas envie de participer. Such a bitch, la Chloé.

Avouez-le, vous avez sûrement fait la même chose. À la question «Comment ça va, aujourd’hui?», vous répondez souvent, sans même y penser «Ça va, merci.» That’s it. Que ça aille bien ou non, un p’tit «Ça va, merci» et le sujet est clos.

Je mens également à moi-même. Action qu’on pourrait aussi sûrement qualifier de déni. Rien de bien grave, je vous rassure. Juste des petits mensonges, ci et là. Comme ces vendredis soirs où, plutôt en forme, je me promets que le lendemain matin, je me lèverai tôt et que j’aurai une journée super productive quand je le sais très bien, que le lendemain, je passerai la journée effoirée sur mon divan à écouter Netflix.

J’imagine que vous me comprenez. Bien rares sont les jours où on est complètement honnête, ni avec nous ni avec les autres. Le meilleur exemple: les réseaux sociaux. On y ment constamment. On essaie de faire croire à nos suiveux qu’on n’est jamais laid, ni malade, ni imparfait. On ment tous les jours.

Ce qui m’amène à me demander ce qui se passerait si, pendant 24h, on essayait d’être 100% honnête. De dire toute la vérité, rien que la vérité, je le jure. Plus droit de mettre un filtre, on doit absolument dire la vérité. La prochaine fois qu’on vous demandera «Comment ça va, aujourd’hui?», vous devez répondre «Ça va mollo aujourd’hui, j’ai vraiment mal dormi pis en plus, j’ai eu la diarrhée ce matin». BAM. En veux-tu de la vérité, en v’la! Votre interlocuteur n’aura certainement pas envie de continuer la discussion, votre honnêteté l’aura certainement secoué.

De mon côté, je crois que je vais continuer d’être une légère menteuse avouée. Le mensonge est, et restera, une porte de sortie toujours très utile. Comme je déteste la chicane et que je déteste encore plus me faire chicaner, le mensonge est de mise pour moi.

Soyons honnêtes et continuons d’être malhonnêtes. Deal?

Sans rancune, les amigos, la prochaine fois, je répondrai (ou non) à vos messages, promis.

Chloé

En tout honnêteté

Avec un thème comme l’honnêteté, je me dois de commencer le texte en toute franchise.
J’ai pas eu le temps d’y penser.
Je sais fuck all quoi écrire.



Je viens de prendre une pause pour compter le nombre de mots des trois dernières phrases.
28 mots.
Il me reste 472 mots à combler.
Avec ce que je viens d’écrire pour dire combien de mots il me reste à écrire : 431 mots.

As-tu déjà travaillé dans un endroit où regarder le temps s’écouler est devenu ta tâche principale?
Le problème avec ça, c’est cette impression que le temps s’effrite au ralenti, ce qui augmente la fréquence à laquelle tu le consultes.
Ça y est, t’es coincé dans ce cercle interminable d’ennui.
Ben moi, c’est les mots pour terminer ce texte qui s’écoulent tranquillement.
Si tu lis ces lignes je suis honnête en tabarnak!

Pourquoi tu continuerais à lire?
Bonne question.
Penses-y, je n’ai rien dit encore pour t’accrocher. Aucune histoire, aucun filon, aucun name drop.
Juste moi qui panique parce qu’il me reste encore 323 mots à écrire.

Mais tu restes.
Par curiosité?
Pour connaitre l’aboutissement de ce texte?
Pour donner une excuse à ta procrastination?
J’le sais même pas comment ça va finir, dans 286 mots!

D’habitude, j’ai le temps de m’inspirer.
J’ai une dizaine de jours pour mijoter, pour cogiter le thème sous plusieurs angles.
Trouver un style, un ton, une cible sans rancune.
Mais ce mois-ci, j’ai eu 2 jours.
Pourquoi?
Parce que j’ai fait une fleur à ma blonde.
La chanceuse!

Lundi, elle a commencé un nouvel emploi et je sais qu’elle sera en période d’adaptation, autant au niveau du sommeil, de l’énergie que de sa libido. Je comprends, ça ne me dérange vraiment pas.
J’vais faire moins de bruit les soirs, faire des repas plus équilibrés, utiliser ma méthode solitaire rodée depuis le secondaire.
Bref, je vais tout faire pour qu’elle soit dans le meilleur climat possible pour son nouvel emploi.

170 mots

Alors quand elle m’a demandé de prendre son texte du 5 mai, j’ai dit oui sans hésiter.
«Yes!»
«No problem!»
«Ça me fait plaisir»

Vraiment?
Plaisir… Dans le sens de fun.
Nah!
Pour être honnête avec moi-même, ça ne me fait pas plaisir.
Ça chamboule mon plan de match.
Mais pourquoi j’ai répondu «oui»

114 mots



Plus j’y pense et plus j’ai dit oui pour nous, pour le couple.
Pour permettre à la personne que j’aime de s’épanouir.
De se concentrer à 100 % sur sa nouvelle fonction en enlevant toutes sources de stress.
Le bonheur de l’un est directement proportionnel au bonheur de notre tandem.

61 mots

C’est ce que je me dis, en fait, c’est ce que j’me fais croire.
Parce qu’on se le cachera pas, une partie de moi a dit «oui» pour éviter une possible chicane.
Quand tu ne fais rien, c’est difficile de justifier un «non, j’peux pas le faire».
Pas cave!
Mais ça on ne le dira pas.
C’est moins beau, moins cute.

Sans rancune, pour cet otage littéraire!

J’ai fini.

0 mot

 

 

 

 

 

Trois petits mots

Sur le mur de la cuisine que j’avais couvert de peinture à tableau, ils prenaient toute la place. Trois mots brefs, mais géants qui, assemblés ensemble, me faisaient peur et me rassuraient en même temps.

Mon chum les avait écrits couleur rose nanane après qu’on ait discuté de mon avenir. J’étais passée maître en défaites pour remettre l’inévitable à plus tard.

«J’ai rien de prêt.»

«J’ai vraiment besoin d’y réfléchir avant.»

«Si je voulais vraiment faire ça, je serais en train de le faire là, là.»

T’sais, la bullshit qu’on peut se foutre soi-même dans la tête.

Après une énième conversation (lire : monologue auquel mon chum assistait, impuissant) sur le sujet, il a profité de mon absence pour écrire sur le mur les trois mots en imitation de police Impact, taille 1000, gras, italique :

LEAP OF FAITH

C’est une expression qui signifie «faire un acte de foi», sauter en acceptant qu’on a aucune idée de ce qui arrivera. C’est justement ça, le thrill.

On en fait mille par jour, de petits actes de foi.

Quand on ajoute de la Sriracha dans une recette qu’on fait tout le temps.

Quand on pèse sur Send après avoir lu et relu un email et vérifié 4 fois si les pièces jointes sont là.

Quand on dit ce qu’on pense.

Mais cet acte de foi là, celui qui me tiraillait, y’était pas pire big. Il m’achalait. Exaspérée après une semaine de vie commune avec les trois colocs à la craie, je me suis booké un spot dans une soirée d’humour.

Après moult détours et tribulations, projets mort-nés et chicanes de bands, j’en étais rendue là : si je voulais continuer à faire de l’humour, il fallait que je me remonte les manches, que je me ramasse le courage et que je monte sur scène seule.

Ça me terrifiait. Ça me gardait éveillée la nuit.

La peur de me faire accueillir avec une brique pis un fanal, de faire jaser de moi comme étant «la fille mauvaise qui essaye, mais qui fait donc pitié», la crainte de ne rien avoir de pertinent ni drôle à cracher, la peur de me planter, tout simplement.

Pourquoi ça m’attirait, alors? Je sentais, plus fort que tout, que je devais «régler» ça. Je voulais que ma seule motivation de faire (ou pas) du stand-up soit le fait que ça me tente (ou pas). Je ne voulais pas que la peur me ride. Il me fallait donc sauter par-dessus.

Je suis remontée sur scène. Toute seule, comme une grande, avec le but de faire rire à chaque fois. Plein de fois.

Est-ce que ça me terrifie encore? Pas du tout. Est-ce que j’ai encore le goût me pousser tellement je suis nerveuse avant un show? Évidemment. Mais maintenant je connais très bien la suite : je ne me pousse pas, je joue, pis après je mange un hamburger, je rentre chez moi pis je fais des corrections pour la prochaine fois. C’est juste ça.

Le leap of faith, c’est juste ça.

Est-ce que c’est cheesy-psycho-pop? Sûrement. Est-ce que c’est enrageant de se faire remettre dans la face, à chaque fois qu’on passe dans sa cuisine, qu’au fond a juste la chienne? Absolument. Mais ça marche.

Sans rancune, les trois petits mots. Vous m’avez fait chier par moments, mais j’vous aime ben, dans le fond.

Linda Bouchard

Le souper est prêt

Le soleil s’éteint tranquillement vers l’ouest activant simultanément les grandes veilleuses des rues de banlieue.

Le lampadaire situé devant le 94, de la Sapinière est dû pour un entretien, puisque son mode stroboscopique des derniers jours ne favorise pas le sommeil réparateur.

Pour l’instant, ce problème ne dérange pas le père dans le bungalow du 94 parce que sa liste de priorité contient actuellement qu’une seule chose; MANGER.

Tout est prêt, il ne manque que les enfants pour entamer le repas.

La porte-patio s’entrouvre pour donner naissance à la tête de l’homme qui balaye du regard la cour extérieure à la recherche de son fils qui s’amuse dans l’herbe (ouin, on est dans les années 90).

Il l’aperçoit agenouillé, les coudes sur les cuisses, les mains sur le front et un ballon de soccer Lotto à deux pieds de lui.

Voyant l’état mélancolique de son enfant, l’homme tente une première approche :

-VIENS SOUPER!

Rien.
Aucune réaction.
Il réessaye.

-VIENS SOUPER C’EST LA DERNIÈRE FOIS QUE JE TE LE DIS!

Toujours rien.

Le souper devra attendre, quelque chose tracasse l’enfant.

Avant d’aller le rejoindre, le père décide d’aller mettre ses pantoufles avec une semelle rigide. Ce choix peut paraitre banal, mais ô combien pertinent!
Il sait très bien que le caoutchouc des galoches empêche l’humidité de la nature de pénétrer jusqu’aux pieds.
Il n’y a rien de pire que d’avoir les pieds mouillés.
RIEN.
(Vous pensez surement à quelque chose de pire, OK…maintenant, pensez-y avec les pieds mouillés. C’EST PIRE!)

En voyant son père s’approcher, l’enfant s’assoit en indien et il commence une séance de «boudage». Cette séance n’est pas la première. Il sait que son père dira la phrase suivante:

– Qu’est ce qu’il y a ?
– J’suis pas capable.
– Pas capable de quoi?
– De faire comme toi avec le ballon.
– Ça fait des années que je joue au soccer, c’est normal!
– J’vais jamais être capable.
– Dis pas ça.
– C’est vrai, jamais je vais frapper le ballon dans l’air comme toi.
– C’est correct de rater. Tu ne dois pas faire quelque chose en ayant peur d’échouer. Le seul échec qui existe est celui que tu t’attribues. Échouer n’est pas un échec, au contraire c’est une expérience supplémentaire dans le but de réussir. Peu importe ce qui t’arrive dans la vie, il faut que t’aies confiance en tes moyens, ton potentiel et ta capacité d’apprendre. Si tu ne crois pas en toi, personne ne le fera à ta place.
– Papa…
– Ce qui doit te motiver c’est les mots «j’suis pas capable». Chaque fois que tu penses à ça, fonce. Prouve-toi le contraire. Si tu laisses tes peurs te restreindre, tu resteras toujours au même endroit. Jamais tu n’évolueras en tant personne. Tu dois te faire confiance.
– Papa, merci beaucoup d’être venu me parler, mais j’ai rien compris!
– Sans rancune fiston, les pizzas pochettes sont prêtes!

Mike

 

 

 

 

 

T’es bonne, t’es belle, t’es capable.

T’es bonne, t’es belle, t’es capable. Cette phrase-là, les gens de ma génération se le sont souvent fait dire. De notre naissance, en passant par la maternelle, puis le secondaire pour se rendre jusqu’aux études supérieures. «Sont élevés dans du velours», diront ces chers baby-boomers.

De mon côté, j’ai fini par y croire. Chaque petit pépin était surmontable, parce que je suis bonne, belle et capable. J’ai souvent échoué, on m’a déjà fait de la peine, mais c’est pas grave, parce que je suis bonne, belle et capable. Vous aussi, vous y avez sûrement cru, parce qu’au fond, y’a beaucoup de vérité dans cette phrase-là.

Tout le monde est bon. C’est vrai, on est tous bons à quelque chose, que ce soit cligner des yeux ou boire un verre d’eau. Tout le monde est beau, parce que tsé, la beauté est subjective. Tout le monde est capable d’au moins une chose, ne serait-ce que de respirer.

Mais, dites-moi donc pourquoi, à un moment donné ou à un autre, on se permet de douter de nos capacités? Écoutez-moi bien, je ne pointe personne du doigt ici, parce qu’à moi aussi, ça arrive de me sentir pu bonne, pu belle, pu capable.

En ce moment, ma vie est constituée d’éternelles remises en question. Voyez-vous, j’ai perdu mon emploi en novembre. Ça va faire cinq mois. Cinq très LONGS mois, à chercher un boulot. À refaire mon CV et à défricher tous les sites web de recherche d’emploi imaginables.

Depuis la fin du mois de novembre, j’ai postulé à 83 emplois. No jokes. J’ai envoyé plus de 80 CV, lettres de présentation et tout le tralala. Pis ça fait vraiment mal à mon orgueil de vous l’admettre.

J’ai passé environ une dizaine d’entrevues. Ça, ça veut dire 10 entrevues sur 83 applications. La plupart ont tous très bien été. On m’écrivait pour me dire «T’as vraiment une belle personnalité, t’es super, mais… On ne t’a pas choisi. Bonne chance!» Je versais ensuite quelques larmes, couchée en boule dans mon lit et je maudissais la terre entière en me disait que c’était tant pis pour eux. J’ai toujours été un peu trop dramatique, je l’avoue.

Mais, quelques heures plus tard, j’étais déjà en train de réécrire ma lettre de présentation, parce que tsé, faut surtout pas se décourager.

Même si c’était parfois T-R-È-S difficile de garder confiance.

Pourquoi je vous raconte tout ça? Pour vous rappeler que je suis toujours à la recherche d’un emploi et vous demandez de me partager vos plugs? Un peu. C’est surtout pour vous rappeler (et me rappeler) que ça peut pas toujours bien aller. Que c’est normal d’avoir des hauts et des bas, ça fait partie de la vie, mais que l’important, c’est de continuer à croire en nous.

Au moins, je suis bien entouré. J’ai un amoureux, une famille et des amis très à l’écoute. Toujours prêts à me botter les fesses et à m’encourager. Même si je rage parfois de les entendre me répéter «lâche pas, un jour ça va arriver».

Sans rancune, les employeurs qui ne m’ont pas choisi, c’est tant pis pour vous!

Chloé

Travailler pour être libre

Plus jeune, avant même d’avoir l’âge de travailler, j’avais un plan.
C’était simple!
Je voulais travailler dans la restauration, le service à la clientèle et dans une shop.
Cela m’assure d’avoir des jobines le temps de m’approcher de mes rêves.

Cet été, mon plan a fonctionné.
En changeant de ville, j’ai dû rapidement me trouver un emploi et un travail dans une usine s’est manifesté aussitôt. Mes vieilles expériences ont porté ses fruits.
Je dis bien «expériences» et non «compétences», parce qu’être journalier dans une usine ça ne te demande pas plus qu’un diplôme d’études primaires.
Tu es payé pour exécuter. Ne réfléchie pas, c’est pas productif!
La seule raison pour laquelle tu as ce poste, c’est parce qu’ils n’ont pas encore inventé la machine pour te remplacer.

Mon nouvel emploi consistait à faire une rotation de 180 degrés, prendre une boite sur une palette, répéter la rotation et déposer la boite sur le convoyeur. THAT’S IT!
Pendant huit fucking heures!
Tous les matins, je me motivais en me disant : « ne finit pas tes jours comme ça.»

Il est 11h, il reste exactement une demi-heure (ou 720 boites à placer) avant le diner.  Bizarrement, aujourd’hui, tous les employés sont convoqués à la cafétéria pour une annonce importante.
Quand je m’assois, je regarde autour de moi et je réalise que c’est une rencontre vraiment importante. Toute la direction est là, l’actuelle et les anciennes.
OK! Je suis sûr que cette fois-ci on n’aura pas des popsicles parce que «vous travaillez très très fort pis y fait très chaud.»

Le directeur prend la parole et commence un toast.
À la table en face de moi, il y a un homme d’un âge blet (allez voir la définition, y’a pas plus précis comme description).
Son épaule reçoit la visite des mains de ses comparses en guise de soutien moral.
Sa joie se matérialise sur ses yeux et ruissèle le long de ses rides.
Dans ma tête, j’me dis que, soit on souligne sa retraite, soit je n’ai jamais vu une shop aussi solidaire face à un divorce.

Après la ronde d’hommage de la direction, ses amis se lèvent pour lui offrir un cadeau.
Il s’agit d’un beau cadre avec une photo de lui sur son lift (tsé la machine pour lever des palettes).
Il y avait la mention  «Enfin tu est libre, volle de tes propre aile.»
Je ne pense pas qu’ils connaissaient Antidote.

En voyant leurs accolades, je trouvais le geste émouvant, mais j’avais une pensée qui rendait ça triste à la fois.
Le dévouement de cet homme est remarquable.
Trente ans à faire exactement la même tâche.
Un sacrifice pour s’assurer d’avoir un minimum de confort.

Mais, c’est dommage qu’il ne retrouve sa liberté qu’une fois la retraite acquise.
Le travail doit être une extension de ta liberté et non une cage.
La vie doit être une poursuite constante de nos rêves.
Pourquoi faire une pause de 30 ans avant de se permettre de rêver?

Cet homme a toute mon admiration.
Tous les matins, je me motive en me disant : « Je vais finir mes jours comme je le veux!»

Sans rancune, le journalier, merci!

Mike

 

Le retour d’une workaholic

La vie étant ce qu’elle est, j’ai récemment vécu mon premier congédiement. Rassurons-nous. La cause était apparemment administrative et non relative à mes compétences.

Bien que la portion pécuniaire de cette situation m’angoissait profondément, j’en étais autant peinée que soulagée : «Je vais enfin pouvoir me retaper les sept saisons de Gilmore Girls», fantasmais-je.

Je venais de passer les deux dernières années de ma vie à travailler d’arrachepied. J’étais officieusement appelé à être disponible 24/7. Je gagnais ma vie au détriment de mes projets personnels, de mes interactions sociales et de mes liens affectifs/romantiques. Mes temps libres diminuaient au fil que mon 4% augmentait.

Somme toute, ma courbe d’apprentissage fut abrupte et fructueuse. Au terme de cette aventure, quoique foncièrement épuisée, mon expérience était non négligeable.

Par dépit, j’ai donc intégré le monde des chômeurs.
Et comme dans toutes les sphères de mon existence, je m’y suis donnée à fond, perpétuant ainsi les clichés des sans-emplois.

Je mangeais huit fois par jour.
J’omettais d’ouvrir mes rideaux.
J’ai même fait grève d’hygiène, un moment.
Reconnaissante des données de téléchargements illimités de mon forfait Internet, j’errais sur Netflix nuit et jour. Au point où j’ai pu concevoir ce qui prédispose les plaies de lit.

Je me suis tranquillement, mais sûrement remise en selle, m’adonnant aux fameuses étapes du deuil. J’oscillais entre l’amertume et la béatitude.
La rage et la susceptibilité.
Le chagrin et la tranquillité.

Jusqu’à ce que, deux mois plus tard, je débute une nouvelle gig.

Quelques jours après que mes nouveaux engagements balisent mon quotidien, j’échange avec des copines. Je leur avoue être, tout compte fait, bien heureuse de me remettre au boulot. Comme quoi ça me manquait, sans même que je m’en aperçoive. Je les ai surprises à rire : «C’est sur! T’es une workaholic, Garance.» Ah bon. Ouais, c’est peut-être pas faux. C’est peut-être même vrai.

Mon animal totem est le cheval.
Le cheval de course pour son ardeur et sa compétitivité.
Le cheval de trait pour son labeur et sa ténacité.

Y’a une expression qui dit que le travail, c’est ce qu’on fait.
Pas qui on est.
Et pourtant.

Ma job, c’est mon punchline.
Mon aura est teintée à partir de mes ex-employeurs.
En blind date, j’me décris par mes T-4.
J’utilise mes slips de paye comme papier peint.

Quand je pense au travail, les paroles du poète et musicien Richard Desjardins me viennent presque systématiquement en tête. Dans la chanson Le Chant du Bum, ledit bum s’adresse à une agente du bienêtre social : «Point de vue culture madame, un certain nombre de points. Premièrement, selon le Petit Robert – le dictionnaire étymologique – le mot chômage vient du latin ‘caumare’ qui veut dire se reposer pendant qu’il fait chaud.  Deuxièmement, le mot travail vient du latin ‘tripalium’ qui veut dire torture. Je ne peux rien y faire. Troisièmement, c’est pas une job que j’veux, c’est d’l’argent.»

Sans rancune le latin, mais c’est pas pour rien que curriculum vitae signifie «déroulement de la vie».

Garance Philippe

Mes métiers

D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours eu hâte d’être une «madame». D’avoir ma maison, mes affaires, mon argent et surtout, mon travail. Au secondaire, j’avais hâte de quitter le cocon familial, et ce, même si je m’entendais super bien avec ma famille. C’est à 18 ans que j’ai pris mis mes clics pis mes claques dans des boites et que je suis partie vers Québec, toute seule, comme une grande.

On peut dire que j’ai été chanceuse. J’ai souvent entendu des histoires d’horreur concernant de mauvais choix de carrière et je connais plusieurs personnes qui ont changé de domaine d’étude en cours de route. J’ai été chanceuse, parce que j’ai su relativement tôt quel métier je voulais exercer.

Évidemment, avant de choisir ma branche j’ai un peu hésité.

Je me souviens avoir voulu être vétérinaire, comme plusieurs enfants le souhaitent. Chez nous, on avait un chien, la légendaire Rosette. Un beau mélange de Labrador et de St-Bernard, qui bavait comme pas une et qui était toujours prête à nous voler nos tuques et nos gants pour nous faire courir un peu.

C’est quelques années plus tard, lorsqu’on m’a expliqué le concept de l’euthanasie que j’ai décidé que la médecine vétérinaire, c’était pour les durs.

Un peu plus tard, sûrement vers l’âge de 8 ans, j’ai voulu être optométriste. Vers cet âge-là, ma maman a été opérée aux yeux. C’est à cause de son détachement de la rétine et de l’installation d’un anneau scléral que j’ai voulu devenir «docteur des yeux». Je me rappelle son retour de l’hôpital. À ce moment précis, la petite fille que j’étais s’était sentie impuissante, mais reconnaissante à la fois. Impuissante, parce que je ne pouvais rien faire pour guérir ma mère, puis reconnaissante de l’optométriste qui avait sauvé ses yeux. Je voulais faire la même chose.

Avec du recul, je suis bien contente de n’être jamais devenue optométriste. Il n’y a pas si longtemps, je suis allez faire un examen visuel et j’ai trouvé la docteure tellement triste et blasée. Elle l’air d’un robot en me demandant si je voyais mieux «comme ça» ou «comme ici», «comme ça» ou «comme ici»…

Ensuite, jusqu’au début du secondaire, j’ai ardemment voulu être première ministre du Nouveau-Brunswick. Oui oui, rien de moins. J’ai rapidement été intéressé par la politique. Chaque matin, je déjeunais en compagnie de l’Acadie Nouvelle, que je lisais de la première à la dernière page. J’ai ensuite compris qu’être première ministre demandait de longues études, ça m’a un peu découragé.

Et finalement, j’ai voulu et je suis devenu journaliste. J’ai d’abord voulu être journaliste sportive, j’idolâtrais Chantal Maccabée et je voulais faire comme elle. Quand j’ai réalisé que je ne tripais sûrement pas autant qu’elle sur le sport, j’ai décidé d’y aller vers un journalisme plus généraliste.

Dix ans après avoir décidé que j’allais être journaliste, je suis fière de mon choix et je ne regrette rien (même si la recherche d’emploi est TRÈS ardue). La communication, la rédaction et le journalisme font maintenant partie de moi.

Sans rancune, Madame l’optométriste, la retraite approche!

 

L’Art et ses Moldus

« Sam, voudrais-tu écrire un texte sur l’Art? »

Comment faire? Comment écrire un texte sur un sujet si large, si complexe, si abstrait et si … subjectif? Les angles d’approches sont infinis.

Une première option était de vous dire à quel point l’art est important au fonctionnement d’une société, déblatérer en long et large sur ses bienfaits, son impact, son apport crucial chez le développement de l’enfant et la stimulation du cerveau. J’aurais pu vous dire que la culture forme de meilleurs citoyens, des adultes avertis et conscientisés. Le problème, c’est qu’il y a déjà des millions de recherches scientifiques qui l’ont prouvé. La preuve est faite. Je ne perdrai pas mon temps avec cela ici.

Je pourrais même vous convaincre que s’il n’y avait plus rien sur terre, il y aurait quand même l’Art (je vous parle ici d’un scénario catastrophe là, du genre Troisième Guerre mondiale avec des armes nucléaires, 1000 tremblements de terre et des dinosaures-robots envahisseurs). Oui, je pourrais vous convaincre de tout ça. Je vous jure. Mais je ne le ferai pas, car ce serait long à expliquer. Lorsque je donnerai un cours sur l’art et la création dans un Cégep quelque part, vous n’aurez qu’à vous inscrire.

J’aurais pu vous dire que l’Art est important parce qu’il sauve des vies. J’aurais fait une longue introduction sur mon parcours et de l’influence que cela a eue dans ma vie. J’aurais opté pour un ton politico-poético-machin, parlé de mondialisation, d’émancipation et fait des parallèles douteux avec des produits commerciaux bien connus en insérant deux-trois sacres. Mais il y a déjà des personnes qui le font et je crois qu’elles le font bien.

Je pourrais aussi dire que l’Art mérite que plus de gens s’y intéressent (retour au premier argument). Mais pour cela, il faudrait que les gens soient curieux. Malheureusement, beaucoup semblent avoir été vaccinés contre la curiosité. C’est dommage. Comme j’ai une tribune, je me permets une longue parenthèse aux parents/oncles/tantes/grands-parents qui lisent ce texte : (Apprenez donc à vos enfants à être curieux. Pour vrai. Je ne parle pas du genre de curiosité maman-où-as-tu-caché-les-cadeaux-de-Noël, je vous parle de celle qui pousse les enfants à réfléchir par eux-mêmes. Apprenez leur comment réfléchir, pas ce qu’ils devraient penser.)

Finalement, ce serait faux de dire que l’Art, c’est pour tout le monde. Ce n’est pas vrai. J’aimerais que ça le soit parce que je suis une artiste utopiste, mais c’est faux. L’entomoculture, par exemple. Personnellement, je m’en fou royalement de l’élevage des insectes parce que ce n’est pas dans mes intérêts, mon éducation ou la business familiale. Pourtant, c’est crucial au bon fonctionnement des écosystèmes et de notre biosphère. Je suis contente et j’apprécie qu’il y ait des spécialistes dans ce domaine, ça fait en sorte que je n’ai pas à m’intéresser au mode de reproduction des verres de terre.

Il y a, dans ce bas monde, des personnes qui se fichent de l’Art. Ça m’attriste beaucoup. Ces humains existent et je dois malgré tout les respecter pour ce qu’ils sont. Quand je rencontre un Moldu de l’Art, j’aime beaucoup lui demander d’imaginer une journée sans Art : sans musique, chanson, cinéma, illustration, écriture et danse. Je vous laisse imaginer les réponses que je reçois.

Nous arrivons au sujet principal de mon article : les Moldus de l’Art (ils me fascinent!). Je leur rendrai hommage dans un simple haïku :

Des Lays ordinaires
Ça fait que bla bla bla bla
Fast and Furious

Pour apprécier l’Art, il faut être curieux, intéressé, avoir du temps, s’investir un peu, essayer, et surtout ne pas avoir peur de se tromper ou de ne pas aimer quelque chose.

Sans rancune.

Samantha Bérubé

 

 

Je m’amuse avec ma muse

J’ai déjà pensé travailler en relations publiques. L’art de mettre des mots à un moment important décrit par une personne importante. Être la main derrière un discours jouissif, un discours historique.

– «Si je vous ai bien compris, vous êtes en train de dire à la prochaine fois!»
– «That’s one small step for [a] man, one giant leap for mankind.»
– «Il n’y a pas un enfant qui va mourir de ça et qui va s’empêcher de lire, parce qu’il existe déjà des livres [dans les bibliothèques].»

En 2018 il y aura de nouvelles élections. Je voudrais poser ma candidature pour tes prochaines allocutions, Philippe, au cas où tu les remporterais. Pour te montrer mon dévouement, j’ai déjà une idée pour marquer le début de ton nouveau mandat. Ce n’est pas juste une allocution, j’ai également écrit les gestes à faire. Cela te permettra de mieux contrôler ton image médiatique.


 

Allocution de rentrée parlementaire

(Quand le Président te nomme, tu te lèves. Il y aura un standing ovation programmé par tes députés.
Hoche la tête de gauche à droite; Merci, merci, merci…)
(L’image perçue: Leadership, confiance, force)

Merci!

Monsieur le Président de l’Assemblée nationale,
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Monsieur le Chef de l’opposition officielle
Madame la Chef du deuxième groupe d’opposition,
Mesdames, Messieurs les Députés,
Mesdames, Messieurs,

Je veux tout d’abord remercier la population.

Par leurs votes, tous les Québécois confirment la confiance envers le Parti libéral du Québec. Un nouveau mandat majoritaire nous est confié grâce à 42% des votes.

Vous nous prouvez qu’avec notre parti vous vous sentez en sécurité. Vous avez assez confiance en notre système pour nous confier vos enfants, autant au niveau éducatif que dans les centres jeunesse. (L’image perçue: Sécurité)

Ensemble, nous avons fait des sacrifices pour traverser la grande tempête de l’austérité la rigueur budgétaire. Il me fait un immense plaisir de vous annoncer que la tempête est maintenant dernière nous.

Toutefois, il faut maintenant réparer les contrecoups de la tempête pour espérer atteindre une accalmie stable. (L’image perçue : Fin de l’austérité la rigueur budgétaire)

Une décision difficile est encore à l’horizon pour atteindre l’équilibre budgétaire que j’avais promis en 2015-2016.

Je le dis tout le temps ; quand c’est facile, il n’y a pas de vrais changements.

C’est pourquoi, il n’est pas facile de vous annoncer qu’il y aura encore quelques coupures remaniements budgétaires. (L’image perçue : Empathie envers les coupures le remaniement budgétaire)

À la lumière de plusieurs études chiffrées, avec des pourcentages et des chiffres, je vous annonce qu’il faudra resserrer le secteur culturel. Tous les graphiques démontrent que cette décision a un impact moindre sur mes amis l’économie. (L’image perçue : supporter par des données scientifiques)

Notre priorité est le même depuis notre premier mandat : L’économie par la création d’emploi.

Les études sont claires, l’art «est une formidable force pour l’évolution d’une collectivité», car elle :

– Encourage l’autonomie locale et la gestion de projets
– Favorise le soutien aux projets communautaires
– Prône la tolérance et contribue à la résolution de conflits
– Favorise les relations interculturelles, intergénérationnelles et la coopération
– Offre des avenues pour la réhabilitation et la réintégration sociale des délinquants
– Aide à forger les compétences et le leadership dans la collectivité
– Développe la fierté envers les traditions et les cultures locales
– Aide les gens à ressentir un sentiment d’appartenance et d’implication
– Joue un rôle central dans la revitalisation urbaine
– Attire les entreprises, les résidents et les revenus touristiques ce qui contribue à l’augmentation fiscale
– Rehausse l’attrait commercial.

Parmi tous ses aspects mentionnés, jamais je n’ai lu les mots «création d’emploi».

Donc l’art n’encourage pas directement l’économie.

Nous faisons ces choix pour promouvoir les intérêts du Québec. C’est la raison pour laquelle vous avez choisi un gouvernement transparent et intègre. Et ce (En montant le ton), pour les quatre prochaines années

Je vous remercie.


 

Sans rancune Couillard, je ne souhaite pas vraiment ta réélection.

Mike

 

À qui, l’art? À nous, l’art!

L’art, l’art, l’art. Qui suis-je pour vous parler d’art?

Une fille qui enfile les joggings quelques fois par mois le temps de faire des blagounettes sur une scène mal éclairée devant un public intoxiqué par l’orge et le houblon?
Une fille qui s’esclaffe en entendant une flatulence (surtout les siennes)?
Une fille qui essaye de lire de romanesques histoires écrites il y a plusieurs années, mais qui se décourage trop souvent au deuxième chapitre parce que «c’est ben trop compliqué ces histoires-là» ?

Eh oui, ce genre de filles là. Celle qui croit qu’il est grand temps de rendre l’art au peuple. Je m’explique. Est-ce normal d’être gouverné par un gouvernement qui se gâte le ciseau un peu trop souvent afin de couper grossièrement dans les domaines artistiques? Non.
Est-ce normal de lire des commentaires donnant raison à ces coupes «parce que c’est pas nos taxes qui devraient payer les artisses de la gaugauche?» Non.
Est-ce normal de scander que le théâtre, c’est pour les intellectuels? Oh non, je ne crois pas.

Et si on arrêtait de catégoriser les domaines artistiques, les styles de musique ou bien les oeuvres cinématographiques. Si on arrêtait de se dire qu’un tel film de Dolan s’adresse à un tel genre de public. Si on arrêtait de dire que l’art contemporain, c’est pas nécessairement accessible. Si on arrêtait de qualifier certaines musiques de «commerciales» (hello, les radios). Si on brisait c’est barrières là, pis qu’on se donnait la permission de consommer tout l’art qu’on souhaite, sans se demander si elle nous convient ou non.

Il est temps de passer aux confessions.
J’écoute La Voix, mais j’aime aussi entendre toutes les Safia Nolin de ce monde.
J’ai lu toutes les Confessions d’une accro du shopping, mais je lis aussi les oeuvres de Dany Laferrière.
J’écoute certaines séries de Fabienne Larouche, mais j’ai aussi vraiment hâte d’aller voir Roméo et Juliette au TNM.
Pis savez-vous quoi? J’ai même pas peur de vous en parler.

S’il vous plait, pouvons-nous arrêter d’avoir honte, de nous sentir «p’tit peuple»? Si on mesurait l’effet qu’une forme d’art a sur nous en «degré frisson», tout serait plus simple. Le «degré frisson»? Je m’explique. Si t’as des frissons en écoutant un film, il est pour toi. Si t’as des frissons, en lisant un roman, il est pour toi. Si tu n’as pas de frisons en entendant une chanson, c’est correct, elle n’est pas pour toi, mais elle en fera certainement frissonner d’autres.

On est d’accord? On se dit fuck les catégories, on écoute ce qu’on veut, quand on le veut et on ne se juge pas? On arrête d’avoir peur de ne pas être assez intellectuel pour risquer d’aller voir une pièce de théâtre, d’aller à une exposition ou d’aller dans les petits cinémas indépendants. On prend le temps d’écouter nos frissons, ils ont rarement tort.

Allez, sortez et consommez tout l’art que vous pouvez! Par le fait même, vous aurez encouragé un artiste.

Sans rancune, Fabienne Larouche, on le sait que tu travailles fort (et que tu fais travailler les autres encore plus fort).

Chloé

Une leçon de savoir-vivre

Quand j’étais jeune, les dimanches, on écoutait Découverte en famille. Autrement dit, j’ai grandi au Québec dans une famille possédant une télévision. Chaque semaine était un rendez-vous avec Charles Tisseyre pour se faire expliquer, à grands coups d’images et de voix suave, les merveilles de la Nature avec un grand N.

Par un beau dimanche soir, donc, au début de l’été 2004, Charles nous parlait de supervolcans. Plus précisément, il nous informait de la présence de l’une de ces armes de destruction massive sous le parc de Yellowstone, dans l’Ouest américain. Lorsque (pas de place pour les si) celui-ci entrerait en éruption, nous disait Charles, des nuées noires couvriraient le ciel à peu près partout sur Terre, et la quasi-entièreté des États-Unis serait recouverte de plusieurs mètres de cendres. S’ensuivraient des changements climatiques terribles, et pourquoi pas une mini-ère glaciaire avec ça; rendus là je vois pas pourquoi on se gênerait. (Saviez-tu qu’en 1816, il n’y a pas eu d’été au Québec parce que le mont Tambora était entré en éruption le printemps d’avant, en Indonésie ? Par rapport à Yellowstone, Tambora c’est un pet, pis un pet à l’autre bout du monde à part de ça.) Non, encore une fois, pas de place pour le doute : quand serait venu le temps de la superéruption du supervolcan, c’en serait superfini de la race humaine, ou à peu près.

Le reportage finissait sur une note rassurante : les éruptions de Yellowstone, bien que séparées de plusieurs dizaines de milliers d’années, arrivaient à une fréquence assez régulière selon laquelle (pour parler comme un vieux chum que t’as pas vu depuis un boutte mais que t’as pas nécessairement le goût de revoir bientôt) on était dus.

« Mais veux-tu bin me dire c’est quoi le rapport avec 2016 ? » êtes-vous probablement en train de demander à votre écran d’ordinateur. J’y viens.

J’ai passé l’été 2004 à angoisser à propos d’une potentielle explosion de supervolcan. Je m’en souviens, c’était un été-parfait-comme-dans-les-films, avec du camping, du barbecue, des baignades sur les plages de sable du lac Saint-Jean et des journées à 40 degrés. En surface, je m’amusais, c’est bessûr, mais au-dessus de ma tête planait toujours l’ombre de l’hossetie de supervolcan, qui m’empêchait de vraiment profiter du moment. Qu’est-ce que ça donne, anyway, de se faire du fun, autant qu’on sache la fin du monde est déjà commencée au Wyoming pis il nous reste quelques heures à vivre, que je me disais.

Aujourd’hui c’est plutôt le contraire : je vis dans le passé. Le genre de gars qui parle de 1816 dans un texte censé porter sur l’année qui s’en vient, tséveuxdire. Je ne compte plus les heures que j’ai passées (perdues ?) sur le site de BAnQ à étudier en détail des photos et des cartes des lieux qui me sont familiers, pour bien saisir l’ampleur de l’à-quel-point-c’était-mieux-avant. Je pourrais vous raconter dans les moindres détails la belle époque des grands magasins de la rue Saint-Joseph, mais demandez-moi pas quel jour de la semaine on est aujourd’hui.

Tout ça pour dire que cette année j’espère enfin arriver à me faire comprendre (parce que c’est pas parce qu’on le sait qu’on le comprend) que l’un n’est pas mieux que l’autre. Que ce soit de vivre dans le futur en ayant peur de ce qui sera, ou de vivre dans le passé en se pâmant sur ce qui était. D’une façon comme de l’autre, on finit par se couper de ce qui est, on finit par s’aliéner le présent.

Et ça c’est batte, parce que le présent c’est le seul des trois qui, dans un sens, existe réellement. C’est en agissant dans leur présent que ceux qui nous ont précédés ont pu modeler le passé qui, de loin, nous semble à ce point idyllique, et c’est seulement en agissant dans notre présent qu’on peut avoir quelque effet que ce soit sur un futur qu’il est trop facile de percevoir comme prédéterminé.

Ce n’est pas dire qu’il faut oublier le passé et l’avenir, et se contenter de carper le dième (YOLO-moi l’sac). On peut (on doit !) apprendre de l’un pour mieux inventer l’autre. Mais de grâce, ne laissons pas un journaliste scientifique, aussi charismatique soit-il, nous convaincre que les dés sont jetés et que rien ne vaut la peine. En 2016, vivons donc, querisse !

Sans rancune, Charles Tisseyre !

Emmanuel Pelletier-Michaud

Introspection pour l’avenir

Dix.
Neuf.
Huit.
Sept.
Six.
Cinq.
Quatre.
Trois.
Deux.
UN!
Bonne année!
J’te souhaite amour, santé, succès et argent!

Bonne année!
J’te souhaite amour, santé, succès et argent!

Ouin.
Je ne me sens plus aussi à l’aise de recevoir et de souhaiter les mêmes vœux à tout le monde.
En souhaitant, l’amour, le succès et la santé, tu ne peux pas te tromper.
C’est la base.
Mais à force d’appuyer play sur la même cassette année après année après année, j’ai l’impression que ces souhaits perdent de leur essence.
Tous les mots que je prononce sont sincères, c’est pas ça le problème.
C’est le souhait qui a perdu de sa sincérité.
Je me sens comme si j’avais partagé l’une de ses jolies phrases pleines de sagesse agrémentée d’un Minion sur Facebook, je me sens sans aucune originalité.

Pis c’est pas la seule chose que je trouve redondante.
Oh non!
Il y a une face B sur ma cassette.
C’est le côté où toutes les mêmes résolutions me viennent à l’esprit :
– J’vais mieux manger.
– J’vais re re recommencer à m’entrainer.
– J’vais arrêter de procrastiner.
– J’vais arrêter de fu… j’vais attendre les promesses de Justin Trudeau.
Bref, plein de résolutions pour me sentir comme une bonne personne selon les pubs à la télé.

Pourquoi ne pas faire différemment cette année?
Au lieu de prendre une résolution populaire, pourquoi ne pas en prendre une qui me définit?
Travailler sur ce qui me rend unique : ma personnalité!

Par quoi commencer?
Mon humeur à géométrie variable, ma confiance ou ma gêne en public?
Ma gêne, c’est un bon début.
Mais comment?
J’peux pas juste arrêter, du jour au lendemain comme dans les bons films d’Adam Sandler. J’dois analyser ma gêne pour en trouver la source.

Au secondaire, j’étais moi.
Je disais le fond de ma pensée.
Par contre, les tuques, les gants et les manteaux zippés, c’était loser.
Logik, Food, Sean Jones et Ecko garnissaient ma garde-robe.
En plus, je dormais avec ma chaine, mon bracelet pis mes bagues.
Bref, j’étais identique à un membre de G-Unit, à une couleur de peau près.

Malgré tout ce style From the streets de Granby, je n’avais aucune gêne.
Je croyais que le jugement des gens se basait sur mes vêtements griffés.
En vieillissant, j’ai compris que c’était faux.
Mes paroles avaient un impact plus grand sur le jugement des autres que le fait d’avoir un rhinocéros sur mes t-shirts.
Ma gêne est née d’un désir de plaire.
Je préfère être discret que d’offusquer les autres avec mes folies.
Prendre mon trou devant des inconnus est devenu ma nouvelle griffe.
Par contre, cette gêne inconsciente, mais stratégique, brime qui je suis réellement.

L’improvisation a longtemps été mon échappatoire.
Toutes ces folies qui me traversent l’esprit ont maintenant un public, qui par le rire, approuve mes idées.
Pourquoi cette sensation de liberté devant 50 personnes, mais l’incapacité de l’obtenir devant trois personnes autour d’une table?

Sur scène, je ne cherche pas à plaire, je cherche à me plaire dans ce que je fais.
Autour d’une table, à force d’analyser mes paroles pour satisfaire l’exigence des autres, je m’oublie.
Pour 2016, c’est terminé tout ça!
Je vais ressortir mon linge Rocawear et Wu-Tang.

Sans Rancune, Michael de 2015!
Mike

Mes souhaits pour 2016

J’aurais pu vous parler du Bye Bye. Vous dire que c’était bon, sans plus. Pas trop drôle, ni trop punché, juste correct. J’aurais pu vous dire que 2015 c’était la plus belle année de ma vie et que je souhaite que 2016 soit identique. J’aurais pu vous souhaiter santé, bonheur et prospérité (tsé, la prospérité dont on entend plus parler jusqu’au prochain jour de l’an).

J’ai plutôt décidé de vous dresser une liste de souhaits pour la prochaine année au cas où la fée magique de la nouvelle année passerait par ici. Je garroche donc mes souhaits dans l’univers, advienne que pourra!

Au monde entier, je lui souhaite la paix (évidemment) et le calme. Après une année 2015 aussi bouleversée et bouleversante, je crois qu’on a besoin d’un peu plus d’humanité même si je sais que c’est sûrement difficile à réaliser. L’année 2016 ne sera certainement pas aussi calme et harmonieuse que je l’espère, mais j’ose y croire. Grande rêveuse que je suis…

Aux internautes (oui oui, toi), je leur souhaite de savoir différencier le vrai du faux. Sachez que vous ne gagnerez jamais de voiture de luxe en partageant une photo. Que le Journal de Mourréal, ce n’est pas un vrai journal. Que le maximum de publications Facebook quotidiennes partagées ne devrait jamais dépasser trois. Que tout le monde a accès à vos commentaires. Et surtout, sachez que vous n’êtes pas anonymes.

Aux animateurs de radio-poubelles, aux démagogues bien connus, aux grandes gueules (pas le défunt duo de «comiques»), je leur souhaite de disparaître. Je ne veux pas dire, disparaître dans le sens de mourir là. Juste de disparaître des ondes, des nouvelles, des médias sociaux. Lorsqu’on aura compris que parler d’eux, c’est une façon de propager leurs pensées arriérées, peut-être que nous les ferons disparaître.

À mon amoureux, je lui souhaite de réaliser tous ses merveilleux projets et d’avoir tout le succès qu’il mérite. Je lui souhaite de se faire confiance et de foncer. Go get it, minou!

À moi, je me souhaite de vivre au jour le jour. D’arrêter de penser à hier ou à demain. D’arrêter de me comparer avec mes amies, leur mariage harmonieux et leurs six bébés. Cette année, je vais avoir 25 ans. Ça veut dire quoi 25 ans? Bébé, maison, mariage? Non. Ça veut ne rien dire du tout. Fuck tout ça. Mon 25 ans à moi, il sera comme je le veux.

Et à vous, je vous en souhaite une bonne! En espérant que 2016 soit nice avec vous!

Sans rancune 2015, t’as été pas si pire avec moi!

Chloé

 

 

Traditions… Ou faire comme tout le temps

« Dans mon temps on faisait ça comme ça, pis ça a pas changé… » Vous avez surement déjà entendu cette phrase de la part de quelqu’un de votre entourage.

Lorsque l’on m’a demandé de me prononcer sur le thème des traditions, eh bien j’ai répondu oui sans hésiter. Je ne sais pas encore si c’est le fait que je sois conteur et musicien ayant joué dans des groupes « traditionnels » qui m’a fait accepter. Pour moi, la tradition se transmet de père en fils ou de grand-père à petit-fils, comme pour moi. J’ai eu la chance d’avoir du côté de ma mère, un grand-père conteur qui nous prenait sur ses genoux à chaque temps des fêtes pour nous raconter les lutins tresseurs, les feux follets et les fantômes du village de Fatima, aux Iles de la Madeleine. Pour moi, c’est l’essence même de la tradition « orale ».

Chez nous, la musique est également transmise de génération en génération. Une reel de violon ou une chanson à répondre est souvent porté à être transformé, à évoluer ainsi qu’à s’adapter aux différentes époques traversées sans jamais perdent leur essence. Ce qui fait que je suis d’avis que les traditions sont importantes, mais qu’elles doivent évoluer afin de survivre.

Je me questionne… Est-ce qu’une tradition doit obligatoirement venir d’un passé lointain? Je crois que non. Je m’explique. Je crois que chaque jour, des traditions naissent. Que ce soit de se voir à la même date chaque année pour un voyage de pêche ou encore pour passer une fin de semaine en camping ou même des retrouvailles d’écoliers, je crois sincèrement que ces moments « deviennent » des traditions à leur tour.

En terminant, à tous les tappeux de pieds, conteurs des grands chemins, musiciens des grandes et petites occasions, ne soyez pas gênés d’étendre et de faire entendre vos connaissances et votre bagage d’un temps passé ou plus récent… Quoi qu’on en dise, les traditions sont, selon moi, la base de notre identité et nous permettent très souvent de nous définir.

Pour savoir où on va, faut savoir d’où on vient…

Sans rancune à ceux qui oublient…

Sylvain Baboum Vigneau

De Latino à Québéco-Latino

Dulce de leche. Corazon. Bachata. Manzana. Colo Colo. Huevon. Casa. Zanahoria. Cabron. Manjar. Hijo de puta. Aventura. La camisa negra. Calle 13. Don Omar. Cueca. Chapulin Colorado. Navidad. Calcetín…

Mes références hispaniques sont à des années-lumière de votre « Dos cervezas por favor»… si bien prononcé. Une phrase souvent apprise à la blague que vous adorez répéter à n’importe quel Latino :

— Moé en espagnol, tout c’que je connais c’est « Dos cervezas por favor »! C’est tout ce que j’ai besoin ahahaha!

Tu as raison, dans un tout inclus, tu n’as pas besoin de plus. Mais, si tu t’intéressais davantage à cette langue que tu résumes en quatre mots, tu comprendrais peut-être la réponse du barman : « Oyé, tu madre me chupo el pene como si no habia agua en el mundo» et toi de lui répondre « Si gracias! ».

TRUE STORY.

S’intéresser à une autre culture n’est pas une obligation lorsqu’il s’agit d’un voyage d’une semaine. De toute façon, on n’a pas le temps. Après la job, il y a trop de bonnes émissions d’Éric Salvail.

J’ai fait mes premières dents, mes premiers pas entouré de la culture chilienne. Mes traditions familiales sont loin d’être ancrés dans le beau grand bateau de Gerry Boulet. En grandissant, mon intérêt pour les mœurs québécois est venu de lui même. Je voulais connaitre les mêmes référents que ceux de mes amis, me saouler à la même Saint-Jean et chanter C’est l’histoire du petit castor dans la cour de l’école.

Avec cet intérêt, mes frères et moi sommes devenus les ambassadeurs de la culture québécoise auprès de mes parents. Ma grand-mère, qui ne comprend aucunement le dialecte français, adore Ginette Reno. La raison est simple : le talent nie la barrière de la langue.

Contrairement à la plupart des jeunes Québécois, j’ai dû expliquer les règlements du hockey à mon père :

— Okay Pap! Si tu veux aimer le Canadien de Montréal, t’as trois règles à respecter.

1. Les joueurs sont toujours en « léthargie ».

2. Peu importe les décisions prises par la direction de l’équipe, you know best!

3. Quand il gagne une game, c’est les meilleurs et tu dois déjà penser à la coupe. Quand il perd, tu dois répéter les étapes 1 et 2.

Pis si tu veux être un vrai fan, tu appliques les règles 1, 2 et 3 sur tous les forums internet parlant de hockey.

Mes traditions chiliennes et québécoises se fondent de plus en plus. J’en suis conscient et j’en suis fier. J’ai pris cette décision. Aucune de mes coutumes ne m’a été imposée. Avec le multiculturalisme qui s’accroit, les gens sont apeurés d’être envahis, de perdre leur culture ou leur identité. Eh bien, c’est cette peur le problème. Cette peur essoufflera leur culture. Empêcher l’épanouissement d’un immigrant qui a comme seul repère ses traditions n’aidera pas celui-ci à en découvrir d’autres.

Rappelle-toi, il est plus simple de s’intéresser à une autre culture lorsque les messagers en sont fiers.

Sans rancune

Mike

Mes fêtes, mes traditions.

Les traditions ont toujours été très importantes pour moi. Déjà, au lendemain d’Halloween, je commence à rêver à Noël et à tout ce que ça implique. J’aime les sapins, les p’tites lumières, les marchés de Noël, etc. La fille qui devient folle en préparant Noël? C’est moi.

Au-delà des décorations et de tout ce flafla, ce que j’aime le plus de Noëls, c’est d’être avec ma famille et avec ceux que j’aime. C’est quétaine, mais c’est vrai. Pour moi, se rassembler autour d’une bonne grosse dinde recouverte de gravy, c’est presque le paradis. Chaque fois, ça me remplit de bonheur, au moins pour une autre année complète.

Je crois que je n’aurai jamais envie de passer un Noël sous le chaud soleil du Mexique. Ce n’est pas Noël. Pas pour moi. J’ai plutôt envie de mettre ma petite robe chic en dessous de mon gros manteau d’hiver et de me visiter la parenté. Ne me parlez-moi pas de réinventer mes traditions, ça, c’est non.

Je vous avoue que mes parents ont toujours été très intenses en ce qui a trait aux traditions et aux personnages mythiques. Le père Noël et les lapins de Pâques nous ont joué plusieurs tours, à mon frère et à moi! On nous a même fait croire au clown des ballounes. Ce clown-là, il était responsable des décors pour nos anniversaires. Le matin de notre fête, on se réveillait et la maison était remplie de décorations festives: l’oeuvre du clown des ballounes.

Depuis que je suis devenue une adulte, je trouve que c’est difficile de rester collé à mes traditions parce que je vis loin de mes parents (environ 850 km, t’sais). Comme ma merveilleuse belle-famille habite aussi très loin de mes parents, on sait que ce ne sera probablement jamais possible de visiter une famille pour le réveillon et de passer le jour de Noël dans l’autre famille. Ça fait partie de la game.

Je suis probablement arrivé à cette période tampon, cette période de transition entre les traditions créées par mes parents et celles que j’inventerai pour ma progéniture. Là, je ne vous parle pas des traditions comme les maudits lutins joueurs de tours, ark. Mais je vous parle de cette magie, la même qui m’emporte dès les premiers flocons de neige. Cette magie, j’ai hâte de la transférer à mes enfants. Même si je m’efforce de continuer à voir ces moments à travers mes yeux d’enfants, je suis certaine que de voir ma marmaille s’émerveiller devant le verre de lait vidé par le père Noël me fera verser quelques larmes.

Bref, on pourrait presque dire que les traditions définissent une famille. On a toutes des traditions différentes. Dépendamment de plusieurs facteurs: notre éducation, notre culture, etc. Je ne dis pas que vos traditions ne sont pas bonnes, je dis juste que les miennes sont meilleures!

Sans rancune, les Mexicains, vos traditions aussi sont nices. OLÉ!

Chloé

Le couple en trois temps

Du conte de fées qui finit toujours bien au premier baiser dans le sous-sol d’un ami en passant par la quête de l’amour, le « vrai », on flirt une bonne partie de notre vie avec l’innocence, la pureté et la fragilité, puis, un bon jour, on se frappe le nez à la porte de la conscience. La connaissance de soi, de ses limites et de ses besoins. Ma vision du couple, tout comme ma définition de l’amour au sens large du terme, s’est réinventée à maintes reprises

> Le couple, l’illusion

Après les remous de ma « vraie » première peine d’amour (on s’en remet, apparemment!), le couple m’est soudainement apparu comme une monstrueuse construction sociale, un moule, un guide d’instruction IKEA à suivre.

Un itinéraire sans détour, aller du point A au point B : triper sur quelqu’un, frencher quelque part dans un bar, officialiser la relation et faire comme tous les autres couple font, c’est-à-dire aller au cinéma, cuisiner, marcher main dans la main, célébrer sa première année d’amour dans un bon restaurant, écouter des séries les soirs de semaine et dormir en spoon. That’ s it.

J’avais des hauts le coeur juste en imaginant devoir retomber dans ce pattern qui, plutôt que de l’entretenir, tue n’importe quel couple à petit feu. J’étais déterminée plus que jamais à rester seule pour un maudit long bout parce que je ne savais plus trop qui j’étais devenue dans tout ça.

> Le couple, la découverte de soi

J’ai laissé le temps bien faire les choses. Le coeur (magie!) a parfois la mémoire d’un poisson rouge. Puis, j’ai brisé un nouveau coeur cette année-là. Ça a été une véritable révélation. Si cette seconde ère amoureuse s’est avérée non fructueuse, elle m’a toutefois permis de me trouver, moi. J’étais enfin parvenue à mettre des mots sur mes feelings à moi, d’abord et avant tout. En prenant du temps pour moi, j’ai compris que les réponses à mes questions n’étaient pas toujours celles que je voulais entendre, mais que je devais m’écouter, et ne pas tenter de tenir à bout de bras une relation dans laquelle je ne m’épanouissais pas.

> Le couple, une équipe

Aujourd’hui, plusieurs années plus tard, le couple m’apparaît comme une équipe. Un team de feu avec nul autre que la personne avec qui j’ai choisi d’avancer. Cette personne pour qui mon amour évolue au fil du temps. Le couple comme un fruit. Un fruit dont la saveur et la couleur changent au fil du temps : plus il devient mûr, plus il est unique, précieux. On le consomme doucement, on le savoure entièrement.

Une relation de couple saine, à mon sens de fille de 24 ans, c’est avancer, des p’tits bouts en se tenant la main, et d’autres moments chacun de son bord du chemin, mais en ayant toujours comme repère la même ligne d’arrivée. C’est se relayer, laisser l’autre reprendre son souffle avant de repartir quand il trouve la course plus difficile. C’est être celui qui joue le rôle d’éclaireur quand l’autre a la chienne, qu’il ne sait plus par où aller.

C’est s’écouter, mais surtout s’entendre. Lire à travers les lignes. S’inspirer mutuellement. Être fan l’un de l’autre. S’impliquer naturellement dans nos choix, puis respecter les limites, les siennes, puis les nôtres.

C’est s’aider à prendre conscience de nos forces, de nos faiblesses, et de vouloir changer pour le mieux, tous les jours, pour soi-même d’abord. C’est jamais se coucher sans avoir réglé les petits conflits. C’est s’aimer et parfois se taper sur les nerfs… sans rancune!

Arianne

Les filles sont merveilleuses

Salut p’tit cul,

T’es au secondaire, t’as les bras un peu trop longs et tu préfères les jeux vidéo aux filles? Prends une pause entre deux parties de LOL et lis ce texte, s’il-te plait.

P’tit cul, c’est vrai que les jeux vidéo, c’est l’fun pis que les filles c’est bien compliqué, mais un jour, tu vas sûrement les trouver très intéressantes.

Tu vas voir, les filles sont extraordinaires. Les filles sont intelligentes, fortes et déterminées. Si quelqu’un essaie de te faire croire le contraire, crois-le. Ensuite, suis-le jusque dans sa machine à remonter le temps et essaie de changer l’avenir. Ok? Tu vas voir, p’tit cul, les filles sont aussi sensibles pis des fois, c’est difficile de les comprendre. C’est normal, ne t’en fais pas, c’est ce mystère qui les rend si formidables.

Quand tu vas commencer à remarquer les filles, il va falloir que tu fasses bien attention. Sache qu’il faut toujours que tu respectes les filles. Toutes les filles, tout le temps. Même celles qui se mettent trop de mascara pis qui ont un gros décolleté. Tu sais, la fille à ton école secondaire qui dit à toutes ses amies que le sperme, ça goûte bon? Oui celle-là aussi, tu dois la respecter. Même si tes amis trouvent ça drôle de rire de certaines filles pis de les traiter de tous les noms, ne fais pas ça. Essaie de devenir leur amie. Sois gentil et présent pour elles. Sûrement que tu ne frencheras pas beaucoup, j’en conviens, mais un jour, tu me remercieras.

Quand tu vas partir de la maison pis que tu vas être en appart’, tu vas peut-être vouloir passer une soirée, de temps en temps, en bonne compagnie féminine. C’est correct, t’as le droit. Prends une bonne douche, protège-toi et tout devrait bien aller. Par contre, il ne faut jamais que tu profites d’une fille qui a un peu trop bu. Il ne faudrait surtout pas que tu te dises que si elle n’a pas dit non, ça veut dire oui. Ça va rien te servir de faire ça. Briser des filles, ce n’est vraiment pas cool.

Quand t’auras rencontré LA fille, prends ton temps. La confiance, ça se gagne lentement, mais sûrement. Ensuite, aime-la le plus fort possible. Chaque jour, rappelle-lui à quel point elle est importante. N’ose jamais la frapper et ne lui crie jamais après. JAMAIS.

Quand ton couple va moins bien aller, bas-toi. Ton couple, il va falloir que tu l’entretiennes. Surprends ton amoureuse et rends-la heureuse. Ne te décourage surtout pas dès le premier pépin. L’amour, ça peut parfois avoir l’air de montagnes russes, mais ça vaut la peine.

Quand vous allez avoir des bébés, il va falloir que tu leur dises ce que je viens de t’expliquer. C’est un gros travail, mais tu vas voir, ça aussi ça va valoir la peine.

Tout ça, c’est juste des conseils. Parce que tu sais, l’amour, ça ne s’apprend pas vraiment. Fais-toi confiance pis ça ira bien. N’oublie pas que l’essentiel, c’est le respect. Ça va te mener loin, promis.

Merci d’avoir pris le temps de me lire. Tu vas voir, les filles, ce n’est pas si compliqué. La prochaine fois, je te parlerai du point G. Tu vas voir, ÇA, c’est vraiment complexe.

Sans rancune, p’tit cul. Tu peux retourner jouer à LOL maintenant.

P.S. Sache que si t’aimes un garçon, c’est correct aussi.

Chloé

L’humour dans le couple

T’es tu déjà dit : «Je cherche quelqu’un qui me fait rire, qui a le sens de l’humour»?

C’est un peu normal, tout le monde aime rire. C’est rare les gens qui cherchent «quelqu’un qui me fait pleurer!» Le sens de l’humour, c’est large, il y en a plusieurs types. Tu ne veux pas partager ta vie avec quelqu’un qui fait de l’humour de «menoncle », tu ne veux pas sortir avec Peter Macleod. Pour éviter ça et avoir une bonne relation, sache que ce que tu cherches c’est une personne qui tente de te surprendre dans ton quotidien, une personne originale qui s’adapte à l’évolution de ta personnalité. Si son humour devient prévisible, je t’annonce qu’il ou elle deviendra rapidement irritant. Crois-moi, j’ai déjà travaillé au service à la clientèle.

Dans la vie de tous les jours, le sarcasme, l’ironie, c’est ma tasse de thé. La phrase «t’es con!», je l’ai entendu souvent, c’est mon rire à moi. En restant sérieux, je tente de convaincre les gens de toute la marde que je dis. Le fait d’y avoir cru déclenche le rire. Côtoyer ce genre d’humour quotidiennement, c’est plaisant… au début.

Quand une relation dure plusieurs années, ça devient difficile de surprendre l’autre. Elle peut savoir si je dis vrai ou si je plaisante. Pour y arriver, je dois aller plus loin, je dois marcher sur une corde très mince. Si je reste en équilibre, je vais la surprendre. Si je tombe, je risque de créer encore une chicane de couple. Mais, ça vaut le coup!

Allongés sur le divan, on écoute une émission sans importance.
La pause publicitaire commence,

Moi,
Hey, j’pense à ça!

Elle, se retourne vers moi.
À quoi?

Moi,
Tu trouves pas qu’on se fait bien l’amour?

Elle,
Ben oui! C’est parce qu’on s’aime, on s’écoute, on veut faire plaisir à l’autre.

Moi, comme une évidence
Et qu’on ferme les yeux pour penser à quelqu’un d’autre!

Ma phrase l’a frappé comme un mur, l’onde de choc est en train de me faire perdre l’équilibre.

Elle,
Quoi!?

Son « quoi » n’est pas tout seul. Il est accompagné d’une odeur particulière, mais familière. Ça sent la chicane! Ça ne sent pas, ÇA PUE!

J’ai deux options :

  • Je me risque avec une phrase qui pourrait me faire tomber dans une chicane dont la grosseur est directement proportionnelle à la durée.
  • Je décroche tout de suite pour ne pas rater la fin de La Guerre des Clans. Je veux savoir si la famille Côté performera au jeu du gros lot. Durant le premier jeu, ils ont vraiment bien répondu à la question : « On a demandé à 100 Québécois, Québécoise: comment pourrait-on continuer cette histoire? »

Moi, en restant des plus sérieux
Du calme! Y’a rien de méchant, j’pense que je m’suis mal exprimé!

Continuer ou décrocher?

Elle,
J’pense aussi!

Fuck that.

Moi, comme une évidence
Quand j’ai dis qu’on ferme les yeux pour penser à un autre, j’parlais pas de moi…j’parle de toi!

Elle, confuse
Hein!

Moi, continue sur la vague.
Oouuii! J’te voyais faire pis c’est la seule conclusion que j’ai pu en tirer.

Elle, se sent coupable
Ben non! Si j’ferme les yeux, c’est parce que c’est un beau moment pis…

Elle croit que j’y crois…

Moi,
Justement, si c’est un beau moment, ouvre les yeux! Peux-tu me raconter UN beau souvenir en voyage, en famille ou en voiture où tu as eu les yeux fermés?

Elle, reviens sur terre
Hein, en voiture?

Moi, avec un petit sourire
D’habitude quand tu trouves de quoi de beau, tu me le montres pis tu le regardes pendant un p’tit bout de temps. Tu en prends même des photos… euh… j’dis pas que j’veux des caméras là.

Elle, une tape sur l’épaule
Tu m’niaises.

T’es con!

Moi,
Merci!

Sans rancune, moi aussi je ferme les yeux!

Mike

Osez être authentique, être vivant!

 

Avec l’éducation sociale qu’on reçoit autant de notre famille, de nos amis que de l’école, on finit par s’imposer des règles, des conventions pour faire preuve de bienséance, pour être une bonne personne et être accepté socialement. J’ai l’impression qu’on accorde tellement d’importance à ce que les autres peuvent penser de nous et à vouloir fitter dans le moule proposé par nos cercles sociaux qu’on oublie, tout simplement, de vivre authentiquement et pleinement. Vous avez le droit de ne pas être d’accord avec ces affirmations, mais laissez-moi vous expliquer un peu plus ce que j’en entends.

Avez-vous déjà osé passer une journée complète à ne dire que la vérité? Je veux dire : avez-vous déjà répondu « non » à la fameuse question : « Comment ça va? ». Cette question inévitable dans une journée et qui, la plupart du temps, nous est posé que par principe. Qui dans votre entourage vous pose cette question en voulant réellement savoir la réponse? Vous-mêmes, posez-vous cette question avec la ferme intention d’écouter l’autre et de lui remonter le moral s’il vous répondait « non »? Ou encore! Si nous étions vraiment intéressés à l’autre personne en lui demandant s’il va bien, ne voudrait-on pas savoir pourquoi il va si bien aujourd’hui? Simplement pour qu’il nous partage son bonheur et le féliciter d’une quelconque réussite. Non! On demande comment ça va, on s’attend à un oui bien commode et sans plus. Voilà! Notre acte de politesse peut être coché de notre check-list!

Encore pire, selon moi, les fameux saluts envoyés par une personne intermédiaire. Souvent, mon chum me dit : « Ma mère te dit salut, mon frère te dit salut, un tel te dit salut, etc. » Mais, ils ne sont pas là! Qu’est-ce que tu veux que je fasse? Ça ne me sert à rien de leur renvoyer un salut; ils ne sont pas là. Un salut est supposé être l’amorce pour entrer en communication avec quelqu’un et là tu m’envoies une amorce cul-de-sac par la bouche de quelqu’un d’autre! J’ai l’impression qu’il ne s’agit que d’une tactique pour se déculpabiliser de ne pas passer du temps avec moi. « Au moins, je lui ai envoyé un salut. » Mais, si tu veux me parler, appelle-moi, texte-moi, écris-moi! Prenons un café, faisons n’importe quoi sauf qu’envoie-moi pas des saluts de marde auxquels je peux même pas répondre!

C’est comme Facebook, quelle arnaque! On n’a même plus d’efforts à faire pour prendre des nouvelles de quelqu’un. Quelques heures à faire le tour des actualités de nos contacts et le tour est joué! Non, je ne ferai pas la job pour toi, je ne mettrai pas ma vie sur Facebook, je ne réduirai pas notre relation à une recherche Facebook. Si tu veux avoir des nouvelles, contacte-moi, agis.

Vous le savez, on finit toujours par chercher des sensations fortes dans nos vies, des activités pour nous sortir de notre routine et nous faire sentir un peu plus vivant. Mais depuis la mort de ma mère, j’ai remarqué que ce sont les vraies choses qui nous rendent vivants, les choses simples, les choses non-conventionnelles. Je vous jure que faire du bungee me donne autant de thrill, voire moins, que les petits défis qu’on se donnaient ma mère et moi. Souvent des infractions au code de bienséance, mais toujours des actes bien simples. Par exemple, avez-vous déjà osé faire l’épicerie en pyjama? Why not? C’est un habillement comme un autre. Avez-vous déjà osé rouler au sol dans un centre d’achat? Why not? C’est un moyen de déplacement comme un autre. Avez-vous déjà osé converser avec un étranger sur un autre sujet que la température? Avez-vous déjà osé écouter pour vrai les histoires que des étrangers ont à raconter? Avez-vous déjà osé offrir votre aide à un étranger : changer son pneu crevé, le conduire à la station d’essence la plus près, à lui payer le yogourt qu’il n’a pas assez d’argent pour se payer, à lui acheter un sandwich?

Aujourd’hui, on se préoccupe tellement d’être accepté par nos semblables et d’être convenable qu’on oublie, selon moi, de s’ouvrir aux possibles, de vivre autrement qu’on se l’oblige et d’écouter pour vrai les gens autour de nous, même s’ils nous sont étrangers. On se perd dans nos règles, dans nos obligations de vie où il faut toujours être le meilleur, le plus accomplie. On oublie de vivre réellement, intensément. Je crois que c’est ça aussi la liberté : choisir de se libérer des attentes des autres envers nous, des convenances, du jugement.

J’ai envie de vous mettre au défi de sortir de votre bulle. Quand vous entrerez dans un centre d’achat, plutôt que de vous rendre aveuglément au magasin de votre choix, soyez attentif à tout ce qui se passe autour de vous et à toutes les possibilités qui s’y déploient.

Sans rancune à tous ceux qui se sentent visés.

Arielle

Walking debt

En vieillissant, je constate que ma vie est axée sur un principe très simple, une convention vue par plusieurs comme la norme. Plus tu consommes, plus tu seras heureux et plus tu seras heureux en consommant.

La consommation a réussi à se faufiler sournoisement dans le principe du bonheur. Le principe de se payer une possession ou un voyage contribue à notre bien-être… éphémère. Le bonheur devient un état consommable qui nous oblige à toujours travailler pour obtenir le prochain truc à la mode. Le problème est le même qu’avec la drogue, l’alcool ou le sexe, il faut qu’on exagère.

Comment éviter le découragement envers l’être humain lorsqu’on voit des vidéos montrant une horde de bipèdes s’entre-piler à mort pour avoir la chance de toucher le dernier iPod à 20 dollars de rabais? Deux mille sous, c’est tout ce que ça prend pour « aider son prochain » à grand coup de taloche sur la gueule.

« C’est extrême, on n’est pas comme ça! »
C’est vrai, mais ce n’est pas une raison pour légitimer nos actions. La seule raison pour laquelle nous ne sommes pas les protagonistes de ce genre de vidéo, c’est notre nombre. Le Québec est juste un plus petit marché.

En travaillant dans un petit magasin électronique de centre d’achat, à vendre des petits appareils inutiles, mais au combien le fun parce que ça se branche USB, j’ai constaté ce phénomène de consommation. Surtout durant le Boxing Day.

Pendant que vous lisez ces lignes, il y a des personnes qui se préparent dans l’éventualité d’une attaque de zombies. Ben je t’annonce que c’est commencé. Dans le petit magasin éclairé aux néons douteux, j’avais peur de finir mes jours sur son vieux tapis usé empestant le mauvais gout. Ces êtres sans âme s’accumulaient devant le magasin une heure avant l’ouverture. Plus le temps avançait, plus leur enthousiasme grandissait, nourrit par l’odeur de la chair matérielle. Cette agitation arquait la grille vers l’intérieur du magasin. Étant le petit nouveau, j’avais la tâche ingrate d’être le Moïse qui amène ces zombies sur la terre promise. En ouvrant le passage, j’ai senti cette force de la consommation qui me tirait vers l’arrière du magasin, la même force que celle du courant qu’on crée dans la piscine quand on est jeune.

Cette réalité existe. Pourtant, longtemps je me suis fait croire que j’étais différent. Que je n’était pas comme eux. Que mes intérêts étaient au bon endroit. Maintenant, je réalise que c’est faux. C’est facile de se détacher d’un évènement ou d’une personne en se disant ne pas être comme eux. Par contre, les gestes sont posés par un désir, par une volonté qui est plus grande que l’action d’attendre devant un magasin. La société a rendu la consommation normale. C’est même un gage de réussite d’acquérir un char de l’année, une grosse maison ou une sortie accompagnée dans un tout inclus.

La consommation est devenue la nouvelle norme. C’est partout. On consomme la télé comme un divertissement qui procure un bonheur immédiat, au détriment du contenu. Ouvre la télé et réalise qu’on laisse du temps d’antenne à des émissions comme Barmaids, Beach Club, Célibataires et nus ou Allume-moi!. Tu es conscient de ne pas consommer de la haute gastronomie intellectuelle. Les valeurs superficielles qui sont prônées ne permettront pas aux membres d’une société d’aimer ce qu’ils sont, mais plutôt ce qu’ils ont.

Sans rancune à ma carte de crédit!

Mike

Franc Ouest

Qu’arrive-t-il lorsque l’ampleur d’une blessure nous dépasse ? Il semble alors que le mot « pardon » lui-même perde son sens, car pardonner implique a priori que l’on conçoive ce qu’il y a à pardonner. Il faut d’abord s’extirper de cette nébuleuse de colère et de douleur, afin de jouir du recul indispensable à l’identification du Geste.

Le pardon est chirurgical. On pardonne des gestes, et non des personnes. J’ai toujours trouvé bizarre la locution « Je te pardonne »; comme si l’on devait excuser l’Être derrière le Geste et tout ce qu’il représente, alors qu’un seul geste ne peut pourtant pas être garant de notre âme toute entière.

Ainsi, le pardon se fait en deux temps. Tout d’abord, doit venir la distinction entre le Geste et l’Être qui l’a commis. Puis, et c’est ici l’étape primordiale, doivent s’opérer simultanément une fixation du Geste dans le passé et une projection de l’Être dans l’avenir. Figer le Mal pour promouvoir le Bien qui rayonne en chacun de nous. Et regarder vers l’avant.

Je vous propose ici un poème visant à réfléchir sur le deuil suivant une rupture, et le besoin de pardonner tout en réintégrant l’autre dans ses souvenirs. Processus de guérison nécessaire.

Franc Ouest

Puis il y avait cette maison sans murs
Que nous avions bâtis de nos rêves timides
Trouvant racine dans cette terre maintes fois labourée
Et dont les fruits rachitiques pleuraient un passé heureux

Cette maison pointait Franc Ouest
Vers l’horizon nerveux
Vers cette montagne arpentée et imposante
Où le soleil allait se lover
Comme pour nous rappeler l’imminence du départ

Le couchant était en toute chose
Percolait dans nos pensées
Jusqu’à nous faire nous oublier
Dans un crépuscule banal, inévitable

Tu fus la première au couvre-feu
Alors que j’étais encore à la table à dessins
Tentant désespérément de colmater ces cloisons
D’où s’échappaient nos cris de douleur

Puis tomba la nuit

À tâtons dans une solitude hurlante d’obscurité
Je me retrouvais égaré
Poursuivant la lueur d’une balise inconnue
L’étincelle d’un lumignon fugace

Alors que mes yeux hagards me faisaient défaut
Je me levai dans la pénombre
Emportant nos souvenirs
Tenant la main d’une enfant au regard chaste

Moi qui croyais avoir parcouru tous les chemins du monde
Je voyais s’ouvrir devant moi les méandres d’un avenir nouveau
Faits de possibles incertains
Soufflés par une douce brise que j’apprivoisais

L’enfant me regardait
Cherchant sur mon visage les traces d’une détermination oubliée

Et voilà que de nos mains enlacées jaillit la lumière perdue
Qui dévoila devant nous ce tableau insolite
Toile inédite trônant sur un chevalet d’or
Aux couleurs improbables

Je suis, depuis, assis devant ce chevalet
Sur lequel mirent les reflets de rêves naissants
Éclats de ce soleil retrouvant son zénith
Inondant les landes fournies

Je contemple l’immensité devant moi
Et j’ai ajouté ta couleur à la palette
Avec laquelle je peins mon univers
Coup de pinceau hésitant

J’ai trouvé ma tour
Entre les nuages et les astres
Pointant Franc Ouest
Au-delà de l’horizon
Au-delà de la montagne
Au-delà des cris
Au-delà de nous

Et j’esquisse
Sans regret
Sans refuge
Sans rancune

Mathieu